SAOS traité par CPAP : une adhérence élevée réduit-elle les récidives / progressions de FA ?
L'apnée obstructive du sommeil (AOS) est un facteur de risque majeur et modifiable de fibrillation atriale (FA). Elle favorise l'arythmogenèse par le biais de l'hypoxie intermittente, de l'activation du système nerveux autonome et du remodelage atrial. La pression positive continue (CPAP) est le traitement de choix, mais l’adhérence reste problématique.

Un patient peu adhérent encourt-il un risque plus important de récidive et de progression d’une fibrillation atriale qu’un patient très adhérent ? Les données en vie réelle sont à ce jour limitées, privant le clinicien d’un argument robuste pour encourager son patient à utiliser la CPAP.
Cette étude de cohorte observationnelle prospective [1] menée entre 2017 et 2024 a inclus des patients adultes hospitalisés ou suivis en ambulatoire, présentant une AOS sévère (indice d'apnées-hypopnées > 30 événements/heure) et une FA paroxystique documentée.
L'AOS a été évaluée par un examen de dépistage à domicile (ApneaLink) et tous les patients ont débuté une thérapie par CPAP. Les données relatives à l’observance ont été obtenues par télésurveillance. Les patients présentant une FA permanente, une apnée centrale du sommeil, une fraction d'éjection ventriculaire gauche < 50 %, une insuffisance rénale chronique terminale ou une incapacité à poursuivre le traitement par CPAP ont été exclus. La durée du suivi était de 12 mois. Le critère de jugement principal était le délai écoulé avant la première récidive documentée de FA. Le critère secondaire était la progression vers une FA permanente.
Une adhérence élevée divise par trois le risque d’évolution de la FA
L'analyse finale a porté sur 93 patients (âge moyen : 62,0 ± 8,3 ans ; 67,7 % d'hommes). La durée moyenne d'utilisation nocturne de la CPAP était ≥ 4 heures /nuit chez 49 patients et < 4 heures /nuit chez 44 patients, avec des caractéristiques initiales comparables entre les deux groupes.
Une récidive de FA paroxystique est survenue chez 12 / 49 patients (24,5 %) utilisant la CPAP ≥ 4 heures /nuit, contre 18 / 44 patients (40,9 %) l'utilisant < 4 heures /nuit. En analyse de Kaplan-Meier, la survie sans arythmie est significativement plus longue chez les patients qui présentant une meilleure observance à la CPAP (test du log-rank : p = 0,039). Dans le modèle de régression de Cox multivarié, la durée moyenne d'utilisation nocturne de la CPAP est indépendamment associée à une survenue plus tardive de récidive de FA (HR = 0,67 par heure supplémentaire d'utilisation nocturne de la CPAP, p = 0,012), indiquant un effet dose-dépendant.
Une évolution vers une FA permanente a été observée chez 3 / 49 patients (6,1 %) utilisant la CPAP ≥ 4 heures / nuit, contre 8 / 44 patients (18,2 %) l'utilisant < 4 heures / nuit. Lorsque l'utilisation de la PPC est analysée comme une variable continue, chaque heure supplémentaire d'utilisation nocturne est associée à une réduction d'environ 50 % du risque d'évolution vers une FA permanente (HR = 0,49 par heure, p = 0,018).
De quoi convaincre le patient
Une meilleure observance de la CPAP est associée à une survie plus longue sans arythmie et à un moindre risque d'évolution vers une FA permanente chez les patients atteints de SAOS sévère et de FA paroxystique.
À l'ère de l'ablation par cathéter, l'optimisation de la prise en charge des troubles respiratoires du sommeil pourrait constituer une stratégie adjuvante importante, potentiellement capable de modifier l'évolution de la maladie. Des études prospectives randomisées seront nécessaires pour valider cette stratégie.
Référence
1. Kalaydzhiev P, et al. ESC 2026. Science box 2.