L’abémaciclib ouvre une nouvelle voie thérapeutique
CONGRÈS ASCO Présentés en séance plénière, les résultats positifs de l’étude SARC041 constituent un nouvel espoir dans le liposarcome dédifférencié avancé, une maladie aux options systémiques jusqu’ici limitées.
Le liposarcome dédifférencié (DDLPS) est une forme rare et agressive de sarcome des tissus mous, le plus souvent diagnostiqué au niveau abdominal ou rétropéritonéal. La chirurgie constitue actuellement le meilleur traitement, mais environ 40 % des malades récidivent, souvent dans les deux ans. Il devient alors difficile à traiter, pour ne pas dire incurable.
« La chimiothérapie constitue le standard depuis des décennies, mais son bénéfice reste modeste », explique le Dr Mark Dickson du Memorial Sloan Kettering Cancer Center (New York, USA). « Or, le DDLPS est lié à une anomalie génétique qui entraîne presque toujours des copies supplémentaires du gène CDK4 et une activation excessive de la protéine CDK4. Ce qui en fait une tumeur candidate aux thérapies ciblées inhibant CDK4. »
Des bénéfices remarquables
SARC041 est une étude de phase 3 multicentrique, randomisée en double aveugle, qui a comparé l’abémaciclib au placébo chez 108 adultes atteints de DDLPS localement récidivant et/ou métastatique [1].
Au 1er mars de cette année, la médiane de survie sans progression (PFS) atteignait 9,7 mois sous abémaciclib contre un mois et demi sous placebo – soit un HR de 0,39. En outre, l’analyse exploratoire montre une PFS médiane de 5,3 mois chez les patients ayant déjà reçu un plusieurs traitements antérieurs, contre plus de 16 mois lorsque l’abémaciclib était administré en première ligne.
Pour une maladie dans laquelle les traitements disponibles n’apportent habituellement qu’un contrôle transitoire, l’amplitude de l’effet observé est remarquable. De plus, si le taux de réponse objective (OR) reste modeste (9,3 % contre 0 % sous placebo), ces réponses ont toutefois été profondes et durables. « L’une des patientes a d’ailleurs obtenu une réponse quasi complète qui se maintient, presque quatre ans plus tard. »
Crossover et tolérance
La survie globale médiane n’est pas encore atteinte dans le bras abémaciclib, contre 25,45 mois dans le groupe placebo. À ce moment-là, plus de la moitié des patients du bras expérimental étaient encore en vie… Le signal semble donc favorable. Il faut aussi tenir compte du crossover. En effet, celui-ci était autorisé en cas de progression radiologique sous placebo. Ce qui a été le cas pour 85 % des malades de ce bras, qui ont donc reçu l’abémaciclib. Leur PFS médiane était de 3,4 mois et le taux d’OR de 4,3 %. « Ce qui suggère que l’exposition plus précoce à l’abémaciclib pourrait être plus favorable qu’une introduction retardée après progression », a commenté le Dr Dickson.
« Nos résultats soutiennent clairement l’abémaciclib comme nouvelle option thérapeutique pour la maladie avancée évolutive. »
Les toxicités induites par l’abémaciclib – surtout des diarrhées et des diminutions de cellules sanguines – sont connues et l’étude n’a pas relevé de nouveau signal de sécurité. Pour les oncologues belges, ce point n’est pas anodin : l’abémaciclib est un médicament déjà bien connu dans certains cancers du sein, ce qui pourrait faciliter la gestion pratique de sa toxicité.
Et maintenant ?
À l’instar de tout essai clinique, SARC041 comporte des limitations – notamment dans la sélection des patients – et ses résultats doivent être confirmés dans le temps. De plus, l'étude pose plusieurs questions concernant la meilleure séquence thérapeutique, l’intérêt éventuel de l’abémaciclib en néoadjuvant et/ou en adjuvant, sa comparaison, voire sa combinaison avec d’autres médicaments, les biomarqueurs prédictifs et les mécanismes de résistance, etc.
En attendant, « c’est la première étude de phase 3 vraiment positive dans le DDLPS et nos résultats soutiennent clairement l’abémaciclib comme nouvelle option thérapeutique pour la maladie avancée évolutive. »
Référence
1. Dickson MA, et al, SARC041: A phase 3 randomized double-blind study of abemaciclib versus placebo in patients with advanced dedifferentiated liposarcoma. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA2).