Union européenne des médecins omnipraticiens : le médecin généraliste doit avoir sa place à la table pour l'évaluation
Les médecins généralistes doivent participer à l’évaluation européenne des nouveaux médicaments et des autres technologies de santé. Ils peuvent notamment veiller à ce que les décisions tiennent compte du surtraitement comme du sous-traitement, de la continuité des soins, de la médecine fondée sur les preuves et de la charge de travail dans les cabinets. C’est ce qui ressort d’une étude de l’Union européenne des médecins omnipraticiens (UEMO), qui prend l’oncologie comme exemple. L’étude a récemment été publiée dans le Journal of Market Access & Health Policy.
Depuis janvier 2025, les nouveaux médicaments oncologiques et les thérapies innovantes font l’objet d’une évaluation commune dans le cadre du système européen d’évaluation des technologies de santé (EU-HTA). Les médicaments orphelins suivront à partir de 2028. Le système doit couvrir l’ensemble de son champ d’application à partir de 2030.
Cette évaluation examine la valeur ajoutée clinique d’un nouveau traitement ou d’une nouvelle technologie par rapport aux solutions existantes. Pourtant, les médecins généralistes y participent actuellement très peu, alors qu’ils doivent ensuite intégrer ces innovations dans les soins quotidiens et qu’ils prescrivent une part importante des médicaments.
Des chercheurs liés notamment à l’Union européenne des médecins omnipraticiens (UEMO) et à WONCA Europe, l’organisation européenne des médecins de famille, ont donc étudié le rôle que les médecins généralistes pourraient jouer dans ce processus. Des représentants d’organisations de généralistes et de médecins de 22 pays européens ont répondu à un questionnaire. Les chercheurs ont également organisé deux groupes de discussion.
Quatre priorités
Parmi dix points d’attention, les répondants ont retenu quatre domaines dans lesquels les généralistes peuvent apporter une contribution spécifique. La prévention de la surmédicalisation, la continuité des soins et l’application correcte de la médecine fondée sur les preuves arrivent en tête : 77 % des répondants ont jugé chacun de ces points « très important ». La collaboration entre le médecin généraliste, l’oncologue, le patient, les autres soignants, la famille et les aidants proches a obtenu la note la plus élevée auprès de 68 % des répondants.
Lors des groupes de discussion, les participants ont élargi le premier point à la recherche d’un équilibre entre surtraitement et sous-traitement. Les nouvelles technologies peuvent entraîner une médicalisation inutile. Mais une évaluation trop restrictive peut aussi priver les patients d’un traitement bénéfique. Les médecins généralistes peuvent mettre l’accent sur la qualité de vie, les considérations éthiques et l’utilisation de ces technologies chez les patients atteints de plusieurs maladies.
Selon les participants, la continuité des soins dépasse également la phase active du traitement du cancer. Le médecin généraliste reste impliqué dans la prise en charge des effets indésirables à long terme, le suivi des patients ayant survécu à un cancer, les soins palliatifs et le soutien aux familles et aux aidants proches. Lors de tests génétiques en oncologie, il peut également être sollicité par des proches pour des questions relatives au dépistage et à la prévention.
Une mise en œuvre possible au cabinet
Les médecins généralistes peuvent également contribuer à transposer les résultats de la recherche et les évaluations européennes dans la pratique quotidienne. Ils apportent leur expérience clinique et les préférences des patients à un processus qui risquerait, autrement, d’accorder une place excessive aux résultats mesurables des études.
Il faut également tenir compte des conséquences pratiques des innovations. Les nouvelles technologies peuvent nécessiter des formations supplémentaires, une accréditation, un suivi accru et davantage de personnel. Si l’on ne tient pas compte de ces conditions, les recommandations risquent d’être difficiles à appliquer ou d’alourdir encore la charge de travail, déjà élevée, en première ligne.
La plupart des personnes interrogées soutiennent donc un rôle actif des médecins généralistes. Dix-neuf sur vingt-deux jugent essentielle leur participation à l’élaboration des recommandations cliniques. Seize considèrent également comme essentiel d’encourager leur présence lors des évaluations des technologies de santé.
L’UEMO en tant que partie prenante, la WONCA en tant qu’expert
Les auteurs distinguent toutefois clairement le rôle d’une partie prenante de celui d’un expert scientifique. L’UEMO représente les médecins généralistes sur le plan politique. Elle peut défendre leurs intérêts et faire valoir leur expérience de terrain dans le débat européen. Pour les évaluations scientifiques proprement dites, les participants estiment que l’organisation devrait s’appuyer sur WONCA Europe, les départements universitaires de médecine générale ou des groupes de médecins généralistes spécialisés.
Certaines réserves subsistent. Les procédures d’évaluation sont complexes, demandent du temps et des connaissances méthodologiques spécifiques, et restent éloignées du quotidien de nombreux généralistes. Les participants mettent également en garde contre les conflits d’intérêts, le secret industriel et une participation purement symbolique, dans laquelle les généralistes seraient entendus sans pouvoir réellement peser sur les décisions.
L’étude présente elle-même une limite importante : tous les participants étaient des délégués ou des représentants au sein de l’UEMO. Ils étaient donc davantage impliqués que le médecin généraliste moyen dans les débats scientifiques et politiques. Leurs réponses peuvent également refléter une volonté de défendre l’importance de leur profession.
À l’issue de l’étude, l’assemblée générale de l’UEMO a voté à l’unanimité en faveur de la poursuite de sa participation au processus EU-HTA. WONCA sera sollicitée pour fournir une expertise scientifique et proposer des médecins généralistes disposant des compétences requises. Selon les auteurs, cette participation s’impose surtout lorsqu’une nouvelle technologie est susceptible de modifier l’organisation ou le contenu des soins de première ligne.
Widmer, D. ; Marcos Carrera, H. ; Ruof, J. ; Fernando, G.V.C. ; Ouvrard, P. ; Bonnamour, M.-C. ; McCarthy, M. ; Atreya, S. « Role of General Practitioners in European Health Technology Assessment, EU-HTA Innovation in Oncology as an Example ». J. Mark. Access Health Policy 2026, 14, 57.