OpinionMédecine du travail

Le trouble de stress post-traumatique comme maladie professionnelle ?

Une procédure laborieuse offrant peu de chances d’aboutir

Des critères clairs et vérifiables doivent être établis afin de permettre une évaluation professionnelle indépendante et la reconnaissance du trouble de stress post-traumatique (TSPT), car celui-ci ne connaît pas de frontières professionnelles.

Dr Wim Van Hooste, conseiller en prévention-médecin du travail

Les maladies professionnelles sont très présentes dans l’actualité ces derniers temps, non seulement en France - avec les fleuristes ou les hôtesses de l’air - et en Belgique, autour du débat entre « système fermé » et « système ouvert », mais aussi aux Pays-Bas, où les discussions resurgissent régulièrement, notamment à propos du chrome 6 au sein de la Défense.

À plusieurs reprises au cours des cinq dernières années, j’ai évoqué dans Artsenkrant/Le Journal du Médecin les maladies liées au travail, telles que le cancer du poumon d’origine professionnelle, le cancer de l’ovaire en tant que maladie liée à l’amiante, le cancer du sein et le travail de nuit, ainsi que le dépistage du cancer du poumon.

Il existe deux listes : une liste européenne des maladies professionnelles, datant de 2022, et une liste belge, actualisée en 2026. La liste européenne accuse un certain retard sur la réalité, mais la liste belge souffre du même mal. Le délai nécessaire pour qu’une maladie y soit intégrée est tout simplement trop long, en particulier lorsque le lien de causalité paraît évident.

Aux Pays-Bas, une controverse est née autour de la reconnaissance du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les professionnels de la santé (Koetsenruijter et al. (en néerlandais), « Le TSPT ne connaît pas de frontières professionnelles. Dans notre pays, si », De Volkskrant, 25 août 2026).

Des dispositifs structurels relatifs au TSPT existent aux Pays-Bas pour la police, les pompiers et la Défense. En revanche, rien n’est prévu à ce jour pour les professionnels de la santé, alors qu’ils sont de plus en plus confrontés à différentes formes d’agressions : menaces, crachats, coups ou étranglements. Les événements traumatisants constituent indéniablement des risques professionnels graves que nous ne devons pas accepter comme faisant simplement « partie du métier ».

Une méta-analyse a montré que les infirmiers présentaient des symptômes de TSPT plus de deux fois plus souvent que la population de référence (Wang et al., J Nurs Manag, 2022). Une étude transversale allemande menée auprès de professionnels de la santé a également mis en évidence une forte association entre les violences au travail et un probable TSPT (Gräske et al., J Res Nurs, 2025).

L’émission de télévision néerlandaise « Zembla » (BNN/VARA) a montré comment des infirmiers souffrant de troubles graves avaient été abandonnés à leur sort, tout en ayant le sentiment d’être délaissés par leur employeur (en néerlandais :« Pris en otage pendant le service de nuit », 10 mars 2026).

Des critères clairs et vérifiables doivent être établis pour permettre une évaluation professionnelle indépendante et la reconnaissance de ces troubles. Cette réflexion devrait s’inscrire dans un cadre plus large, englobant toutes les affections psychiques, car le TSPT ne connaît pas de frontières professionnelles.

Deux jours plus tard, De Volkskrant publiait une tribune (en néerlandais) de Marlou Overheul intitulée « Il faudrait instaurer un dispositif national pour toutes les maladies professionnelles ». L’auteure y affirme que la reconnaissance de l’ensemble des maladies professionnelles est défaillante aux Pays-Bas.

Contrairement à la Belgique, les personnes atteintes d’une maladie professionnelle aux Pays-Bas doivent se rabattre sur la sécurité sociale. Dans les deux pays, les procédures judiciaires sont longues. Aux Pays-Bas, elles durent en moyenne de trois à cinq ans, coûtent très cher - entre 15.000 et 70.000 euros - et sont particulièrement éprouvantes sur le plan émotionnel.

Les Pays-Bas disposent toutefois déjà d’un « régime d’indemnisation des maladies professionnelles liées à l’exposition à des substances », qui prévoit une indemnité de 20.000 euros par cas. Il existe également un équivalent de notre Fonds amiante - placé sous l’égide de Fedris, l’Agence fédérale des risques professionnels -, à savoir l’« Institut pour les victimes de l’amiante ».

Un dispositif relatif au TSPT a récemment été instauré pour les pompiers néerlandais. Celui qui s’applique à la police est plus généreux, puisque l’indemnisation du préjudice moral peut atteindre 70.000 euros. Les différences entre ces régimes sont, à juste titre, perçues comme profondément injustes, ainsi que le montre une étude de l’Université d’Utrecht (Overheul et al., Int J Law Context, 2025).

Qu’en est-il alors de la reconnaissance du TSPT comme maladie professionnelle en Belgique ? Une demande d’indemnisation devra être introduite par l’intermédiaire du « système ouvert ». Dans le cadre du « système fermé », la maladie doit en effet figurer sur la liste belge des maladies professionnelles.

Il s’agit d’une procédure laborieuse qui offre, en outre, peu de chances d’aboutir. Le lien de causalité entre la maladie et l’exposition professionnelle est difficile à démontrer au niveau individuel, même lorsque la demande s’appuie sur des données scientifiques issues de la littérature internationale.

J’ai moi-même introduit à trois reprises une demande pour un même cas. Ce n’est qu’après la troisième tentative que celui-ci a été reconnu comme maladie professionnelle (Van Hooste, J Med Case Rep, 2017).

Espérons que la Dre Joy Van de Cauter, nouvelle coordinatrice scientifique de Fedris, puisse insuffler un vent nouveau au sein de l’institution. Que la science l’emporte !

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