En prévention comme en curatif
Les vaccins à ARNm sont sûrs, efficaces et amenés à jouer un rôle durable, selon The Lancet
Une étude menée par des chercheurs canadiens, anglais et à Singapour montre que les éléments de preuve accumulés depuis le covid confirment que les vaccins à ARNm constituent une technologie sûre et efficace, appelée à jouer un rôle durable en santé publique dans la prévention des maladies infectieuses, ainsi que dans le traitement du cancer et de maladies auto-immunes.
Les vaccins à ARNm constituent une "avancée majeure en vaccinologie, associant des délais de développement rapides, une production industrielle extensible, une forte immunogénicité et un profil de sécurité favorable", soulignent d'emblée les chercheurs de cette vaste étude publiée le 30 juin dans The Lancet.
Le déploiement mondial des vaccins à ARNm pendant la pandémie de covid-19, en s’appuyant sur plusieurs décennies de recherche, a permis de fournir une évaluation en vie réelle sans précédent, avec des milliards de doses administrées dans des populations hétérogènes.
Le Dr Manish Sadarangani (photo), de l’Université de la Colombie-Britannique et du BC Children's Hospital Research Institute de Vancouver, et les autres co-auteurs de l'étude ont passé en revue les données publiées issues de la recherche en laboratoire, des essais cliniques et de la surveillance en vie réelle des vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna de janvier 2020 à décembre 2025. Objectif: évaluer leurs effets scientifiques et leurs implications en santé publique.
Efficacité et effets secondaires
Les chercheurs soulignent que sur le grand nombre de doses administrées, les effets secondaires graves sont restés rares. Ils sont connus, et par ailleurs largement contrebalancés par une protection significative contre les formes graves de la maladie, les hospitalisations et les décès.
Les données, cinq ans après la pandémie, montrent une efficacité vaccinale de 87% contre les infections par le SARS-CoV-2, de 93% en prévention des hospitalisations et de 94% contre la mortalité dans les 14 à 42 jours suivant la vaccination. Si la protection diminuait avec le temps, en fonction de l'âge et face au variant Omicron (67% contre l’infection et 72% contre l’hospitalisation), les doses de rappel ont permis de restaurer une grande partie de l’immunité perdue.
La plupart des réactions post-vaccinales - fièvre, fatigue, douleur au bras injecté - étaient légères et disparaissaient rapidement. Le risque d’anaphylaxie était de 4,7 cas par million de doses et celui de syndrome de Guillain-Barré de 38 cas par million de doses.
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Les cas de myocardites et de péricardites ont finalement été très rares. En pratique, leur nombre s'est révélé plus élevé après une deuxième dose, avec environ 12,6 cas par million pour le vaccin de Pfizer-BioNTech et environ 35,6 cas par million pour le vaccin Moderna. A noter que le risque accru de myocardite et de péricardite associé aux vaccins anticovid à ARNm (en particulier chez les garçons âgés de 12 à 19 ans) était nettement inférieur à celui de développer ces mêmes pathologies des suites d'une infection par le SARS-CoV-2.
Enfin, l'étude rappelle que la technique par ARN messager est "transitoire et prend fin une fois que l’organisme a appris à se défendre. Il ne modifie pas l’ADN de la personne vaccinée". Les vaccins à ARNm délivrent des instructions génétiques aux cellules humaines pour leur permettre de produire des protéines virales inoffensives, qui vont entraîner le système immunitaire à reconnaître le virus réel et à le combattre.
Des applications exponentielles
« Les vaccins à ARN messager ont transformé notre manière de répondre aux maladies émergentes. Grâce à l’innovation continue et à une surveillance rigoureuse de la sécurité, ils peuvent favoriser les progrès de la médecine préventive et du traitement du cancer pour les années à venir », souligne Manish Sadarangani.
Les chercheurs soulignent la polyvalence de la technique par ARNm. Ils estiment qu'outre les maladies infectieuses (covid, mais aussi grippe, VRS), elle pourrait aussi servir de base à des approches plus personnalisées en oncologie, avec par exemple des vaccins adaptés à chaque patient et au profil de sa tumeur. "L’étendue des applications potentielles laisse entrevoir un avenir où la technologie ARNm pourrait être adaptée à chaque patient et à des menaces pathogènes spécifiques, permettant d'offrir des outils rapides, flexibles et efficaces en santé publique."
Les auteurs de l'étude soulignent par ailleurs les améliorations apportées à la formulation et à la distribution des vaccins à ARNm, ce qui favorise l’accès et l’équité : le stockage à des températures moins basses et la lyophilisation prolongent la durée de conservation, réduisent les coûts et élargissent les possibilités de distribution, notamment vers des zones reculées.
"L’augmentation des capacités de production et la garantie d’un accès équitable dans les pays à revenu faible et intermédiaire sont essentielles si l’on veut que les vaccins à ARNm tiennent leur promesse en tant que bien public mondial. En investissant dans le transfert de technologie, la production locale et des systèmes réglementaires robustes, nous pouvons raccourcir les chaînes d’approvisionnement, réduire les coûts et garantir que les populations partout dans le monde bénéficient de vaccins sûrs et efficaces au-delà des pandémies", affirme le Dr Robin Shattock (photo ci-dessus), de l’Imperial College London.
Enfin, les auteurs plaident en faveur d’une communication claire sur la sécurité et l’efficacité des vaccins à ARNm pour préserver la confiance du public et lutter contre la désinformation.
Référence
Blakney, A. K., et al. (2026). Safety and efficacy of mRNA vaccines: a mechanistic and public health perspective. The Lancet. DOI: 10.1016/S0140-6736(26)00512-X