Académie belge de pédiatrie (BAoP)
Les pédiatres réclament une meilleure couverture vaccinale contre la méningite
L'Académie belge de pédiatrie (BAoP) appelle, via une carte blanche, les pouvoirs publics à augmenter le taux de vaccination des enfants contre la méningite bactérienne.
Certaines mesures essentielles recommandées par le Conseil supérieur de la santé (CSS) dès 2019 tardent à être mises en œuvre, constate le Pr Stéphane Moniotte (photo ci-contre), président de la BAoP, dans la carte blanche en ligne sur le site de l'Académie.
À l’heure où l’OMS s'est fixé pour objectif, d’ici 2030, de réduire de 50% le nombre de cas, de 70% les décès, d’éliminer les épidémies et réduire les séquelles chez les survivants et où de nombreux pays en Europe mettent en œuvre une vaccination élargie, "notre pays a l’opportunité – et la responsabilité – de faire davantage pour atteindre cet objectif."
Si la méningite bactérienne est rare, ses conséquences peuvent être dramatiques. Elle peut évoluer très rapidement, parfois en moins de 24 heures. Malgré les traitements disponibles, entre 10 et 15 % des patients y succombent, et 20 à 40 % des survivants conservent des séquelles graves et permanentes (lésions cérébrales avec troubles cognitifs et/ou perte d’audition, voire amputation d’un ou plusieurs membres).
En hausse chez les jeunes enfants
Le pneumocoque et le méningocoque sont les deux principaux agents infectieux responsables des
méningites bactériennes en Belgique (hors période néonatale).
"En 2024, 134 enfants de moins de deux ans ont développé une infection invasive à pneumocoque, dont 19 une méningite (deux décès). Par ailleurs, 77 infections invasives à méningocoque ont été recensées, avec deux décès chez des bébés de moins d’un an", rappelle la BAoP.
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Pour l’année 2025, le laboratoire de référence de la KUL rapporte une augmentation de 25% des cas de méningites à pneumocoques tout âge confondu, mais touchant particulièrement les jeunes enfants.
Les données de 2025 montrent également que le vaccin contre le pneumocoque à 13 valences (délivré gratuitement via le programme vaccinal) ne couvre plus que 6.3% des cas de maladies invasives à pneumocoque comparé à une couverture théorique de 56.7% avec le vaccin à 20 valences recommandé par le Conseil supérieur de la santé depuis avril 2025.
Inégalités sociales
"À ce jour, le vaccin contre le méningocoque (ACWY) recommandé dans l’avis de 2019 du CSS pour les adolescents n’est toujours pas inclus dans le programme, ni le remplacement du vaccin pneumocoque à 13 valences par celui à 20
valences, comme recommandé par le CSS depuis avril 2025", regrette l'Académie belge de pédiatrie. "Les sujets à haut risque de méningites ne bénéficient d’aucun remboursement vaccinal, ni les enfants des tranches d’âge à risque d’infection au méningocoque B (moins de 5 ans et adolescents)."
Aujourd’hui, les parents qui souhaitent offrir à leurs enfants la protection vaccinale la plus large possible contre certaines infections invasives doivent souvent supporter eux-mêmes un coût important : "Pour un nourrisson, celui-ci peut dépasser 500 euros, et 160 euros pour un adolescent."
"Cette réalité crée des inégalités : l’accès à la prévention dépend encore trop souvent des moyens financiers des familles. La protection contre une maladie potentiellement mortelle ne devrait pas être conditionnée par le revenu, le lieu de résidence ou la capacité des parents à assumer des dépenses supplémentaires. L’un des principes fondateurs de notre système de santé est précisément de garantir à chacun les mêmes chances face à la maladie", souligne encore la carte blanche.
Mieux investir dans la prévention
"Cette réflexion illustre plus largement la place encore trop limitée à la prévention dans notre pays." La Belgique consacre moins de 2% de ses dépenses de santé à la prévention, contre environ 3% en moyenne dans l’Union européenne (recommandation OMS: 5%).
"Investir dans la prévention n’est pas seulement un choix médical. C’est aussi un choix de société", poursuit le président de l'Académie. "Chaque infection grave évitée représente une souffrance épargnée pour les patients et leurs familles, mais également une réduction des coûts humains, sociaux et économiques associés aux hospitalisations, aux séquelles lourdes et aux besoins d’accompagnement à long terme. Dans le cas de la méningite et des infections sévères à pneumocoque, ces coûts peuvent être particulièrement élevés en raison de la prise en charge intensive nécessaire et des besoins de suivi pluridisciplinaire qui peuvent s'inscrire dans la durée suite aux séquelles."
Et le Pr Moniotte de conclure: "La Belgique dispose des compétences scientifiques, médicales et institutionnelles nécessaires pour relever ce défi. Les experts ont formulé leurs recommandations. Les données sont connues. Les solutions existent. Il appartient désormais aux décideurs de faire de la prévention une priorité à la hauteur des enjeux. Chaque enfant mérite le même niveau de protection."