Prévention & vaccination

Vandenbroucke dévoile les grandes lignes du plan One Health contre l'antibiorésistance : qu'est-ce qui change pour vous?

Le plan national « One Health 2026-2030 » présenté par Frank Vandenbroucke veut freiner l’antibiorésistance en resserrant la vis sur les prescriptions, en conditionnant certains financements hospitaliers et en limitant les “restes” via la délivrance à l’unité, tout en étendant l’effort aux animaux et à l’environnement. Concrètement, les soignants verront arriver dès fin 2026 des outils d’aide à la décision intégrés au dossier patient et, à l’horizon 2027, un nouveau dispositif de stewardship en première ligne.

Vandenbroucke Clarinval

Et si l'une de nos meilleures armes contre les maladies ne fonctionnaient plus. Cystites, pneumonies... autant d'infections courante qui pourraient soudain redevenir mortelles pour les personnes dont le système immunitaire est affaibli. L'antibiorésistance, loin d'être un scénario fantaisiste, est au contraire souvent décrite comme la prochaine pandémie. De plus en plus résistantes, les bactéries se propagent entre les humains, les animaux et dans l'environnement, ce qui fait courir le risque d'une aggravation du problème. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) tirent depuis des années la sonnette d’alarme quant à l’impact majeur de la résistance aux antimicrobiens (AMR). En Belgique, plus de 1 300 personnes meurent chaque année d’une infection résistante, dont environ 70 % sont liées à une infection associée aux soins.

Pour éviter que la situation n’empire, il faut éviter l’utilisation inutile d’antibiotiques chez les humains comme chez les animaux. L’Europe demande d’ici 2030 une réduction de 18 % de l’usage des antibiotiques chez l’humain (par rapport à 2019), alors que la baisse actuelle n’est que de 4 %. Dans le secteur animal, une réduction de 50 % est requise, et grâce à des actions ciblées ainsi qu’à l’engagement du secteur, cet objectif est presque atteint. Par ailleurs, il est important de limiter les risques liés à la propagation des antibiotiques et des bactéries résistantes dans l'environnement.

Les prescriptions des généralistes sous la loupe

Les cabinets Vandenbroucke (Santé publique) et Clarinval (Agriculture) annoncent donc conjointement le nouveau plan d'action national "One Health 2026-2030", élaboré avec des experts, des organisations des différents secteurs concernés et les autorités elles-mêmes. Ces mesures auront un impact sur le travail des médecins, des pharmaciens, des infirmiers et des vétérinaires. Les patients sont également invités à jouer un rôle actif.

Si les médecins généralistes recevaient déjà des données sur leur comportement prescripteur d'antibiotiques pour des infections fréquentes, notamment en comparaison avec leurs collègues, ceux-ci seront désormais davantage accompagnés dans l'adaptation de leurs prescriptions. Les entités fédérées lanceront un nouveau projet "BASICS" de stewardship en première ligne, prévu pour être opérationnel dans l'ensemble du pays à partir de 2027, qui aidera les généralistes à utiliser les antibiotiques de manière plus appropriée. Le communiqué du cabinet Vandenbroucke ne précise pas les modalités pratiques de ce projet. 

Les généralistes, les pédiatres, les gynécologues, les urologues et les pneumologues auront également accès, dès la fin 2026, à une plateforme d'aide à la décision pour la prescription d'antibiotiques, directement dans le dossier du patient. « Aujourd'hui, les antibiotiques font la différence, même pour de simples infections ou opérations. Mais ce n'est plus une évidence », constate Frank Vandenbroucke. « La résistance aux antibiotiques est déjà une cause importante de morbidité et de mortalité en forte croissance dans le monde entier. Nous devons faire en sorte que les médicaments puissent continuer à fonctionner. C'est l'un des plus grands défis de notre santé publique dans les années à venir. Cette réalité doit être comprise partout, aussi bien par les médecins que par les patients. Mais la prise de conscience seule ne suffira pas. Sans action concrète, nous risquons qu'il soit trop tard. C'est pourquoi, avec ce plan, nous redoublons d'efforts dans la lutte contre l'utilisation néfaste et inappropriée des antibiotiques. »

Budget des hôpitaux & délivrance à l'unité en pharmacie

Dans les hôpitaux, un cadre sera élaboré pour lier l’octroi de certains budgets à leur performance dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques. Cela les encouragera à agir efficacement et de manière axée sur les résultats.

De son côté, Sciensano fournira de meilleures données sur les infections et la résistance aux antibiotiques dans les maisons de repos et de soins. Ces données permettront aux établissements d’améliorer leurs pratiques et de prendre des mesures supplémentaires pour éviter la propagation des bactéries résistantes.

Peu de nouveautés en pharmacie derrière le comptoir, la délivrance des antibiotiques à l'unité étant déjà prévue de base. Les médecins devront prescrire le nombre exact d’antibiotiques nécessaires, et non plus une boîte entière que l’on n’utilise pas forcément entièrement. Le pharmacien ne recevra donc que les comprimés strictement nécessaires. Parmi les résultats attendus : moins de restes, donc moins de mauvais usage et moins d’antibiotiques qui se retrouvent dans l’environnement.

Animaux et environnement

Dans le secteur animal, l’enregistrement de l’usage des antibiotiques sera progressivement étendu à toutes les espèces animales, y compris les animaux de compagnie. De plus, les vétérinaires accompagneront encore mieux les éleveurs grâce à des conseils clairs et des outils pratiques pour prévenir les infections, afin de réduire le besoin d’antibiotiques. En ce qui concerne l'environnement, une utilisation efficace et durable des désinfectants sera encouragée et une évaluation de l'impact des eaux usées des hôpitaux sur la propagation de la résistance aux antimicrobiens dans l'environnement sera menée.

Les autorités débloquent 43 millions d’euros pour de nouvelles initiatives dans le cadre de ce plan national. De plus, les initiatives existantes reçoivent 217 millions d’euros, principalement pour les hôpitaux. Au total, le budget atteint 260 millions d’euros. C'est le Pr Herman Goossens (Université d'Anvers), expert international en matière de résistance aux antibiotiques, assumera la présidence de la plateforme de gouvernance chargée de mener à bien ce plan d'action national. Enfin, le plan prévoit également une consultation publique. Vous pouvez donner votre avis jusqu’au 6 mars (lien à suivre).

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Écrit par La rédaction20 janvier 2026
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