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Le GBO répond à l’UBPS : « Un syndicalisme fort se construit, il ne se décrète pas »

Dans sa lettre ouverte de mai 2026, l’Union Belge des Prestataires de Soins interpelle les syndicats médicaux sur leur capacité à représenter et défendre les intérêts des prestataires de soins. Une question légitime, à laquelle le GBO souhaite répondre clairement.

Dre Anne Gillet, vice-présidente du GBO - 18 juni 2026

Une opinion-réaction de la Dre Anne Gillet, vice-présidente du GBO

médecin protestation parlophone syndicats opinion

Pour le GBO, avec ses partenaires du Cartel (ASGB, MoDeS), défendre les médecins ne consiste pas uniquement à préserver leur autonomie professionnelle. Cela implique également de garantir un système de soins accessible, efficace et durable, au bénéfice des patients comme des soignants. L’accessibilité aux soins n’est-elle en effet pas l’assurance d’un accès universel aux prestataires, même pour les soins les plus sophistiqués si nécessaire ? La qualité de vie des prestataires n’est-elle pas une condition sine qua non à l’accessibilité et à la qualité des soins ?

Être présent là où les décisions se prennent

C’est en garantissant notre présence à la table des discussions que nous pouvons influencer les décisions : là où il faut exercer à la fois l’art de la détermination et celui du compromis. Le Cartel assume son rôle de partenaire critique. Nous défendons l’indépendance professionnelle des médecins, mais aussi leur responsabilité sociale dans un système largement financé par la solidarité collective.

Un syndicalisme fort a besoin de forces vives

Devenir un représentant syndical efficace ne s’improvise pas. Il faut plusieurs années pour maîtriser des dossiers souvent complexes et négocier d’égal à égal avec des interlocuteurs dont c’est le métier.

C’est pourquoi nous invitons celles et ceux qui souhaitent faire entendre leur voix à rejoindre les organisations représentatives. Car si un mouvement de contestation peut émerger rapidement, il peut disparaître tout aussi vite. Un syndicat, lui, assume ses responsabilités dans la durée : il participe aux négociations, défend ses positions, assume les compromis nécessaires et rend des comptes aux médecins lors des élections syndicales.

Vous souhaitez un syndicalisme plus combatif ? Nous aussi. Mais un syndicalisme fort nécessite des moyens humains et financiers. Or, les représentants syndicaux sont aujourd’hui trop peu nombreux face à la multiplication des dossiers et des réformes qui touchent notre profession.

La réalité est simple : nous avons le syndicalisme que nous sommes prêts à construire ensemble. Attendre les victoires avant d’adhérer affaiblit le mouvement. C’est précisément parce que les avancées restent insuffisantes qu’il est nécessaire de renforcer les organisations qui les portent.

Rappelons également que les financements publics ne couvrent que partiellement les missions de concertation, de consultance et de médiation des syndicats. La défense professionnelle, elle, repose essentiellement sur les cotisations des membres, garantissant ainsi l’indépendance des syndicats vis-à-vis des pouvoirs publics.

Le recul de l’engagement syndical fragilise donc directement la capacité des organisations représentatives à défendre la profession. Pourtant, les acquis obtenus au fil des années — DMG, financement des cercles, PMG, Impulseo et bien d’autres encore pour la médecine générale grâce au GBO/Cartel — sont le fruit d’un travail syndical de longue haleine, souvent réalisé dans l’ombre et avec des moyens limités.

Renforcer la médecine générale et spécialisée passe aussi par le renforcement de celles et ceux qui la défendent au quotidien.

Car les défis qui nous attendent ne seront pas relevés par la seule indignation. Ils nécessitent une mobilisation collective et une présence forte là où les décisions se prennent.

Vous nous avez interpellés. Que nous proposez-vous ?

Pour répondre aux véritables enjeux de la médecine générale, le GBO/Cartel poursuivra une action syndicale réfléchie et constructive, proche du terrain et loin de la démagogie

Depuis sa création, le GBO/Cartel porte une vision forte de la médecine générale : une première ligne reconnue, financée à sa juste valeur et occupant une place centrale dans l’organisation des soins.

Les défis auxquels les médecins généralistes sont confrontés aujourd’hui sont connus :

  • la pénurie médicale, conséquence de choix politiques et corporatistes non visionnaires dont nous payons aujourd’hui le prix(1);
  • les transferts/partages/délégations de tâches insuffisamment négociés qui fragilisent l’identité et l’attractivité de la médecine générale ;
  • l’hospitalo-centrisme et l’estompement progressif des lignes de soins, au détriment d’une première ligne forte et structurée, dans une dynamique concurrentielle et trop peu complémentaire, où la médecine générale a perdu peu à peu son identité et des pans entiers de ses compétences ;
  • la surcharge administrative qui détourne les soignants de leur mission première : soigner ;
  • les règles administratives cadenassant la pratique généraliste au profit de la médecine spécialisée (ex de l’interdiction des prescriptions des CT scan de la colonne vertébrale par les généralistes) ;
  • le manque de reconnaissance du temps consacré à l’écoute, à la coordination et à la prise en charge globale des patients ;
  • la prééminence du curatif sur le préventif ;
  • la surcharge par désorganisation des gardes intra- et extrahospitalières parce que l’échelonnement des soins a toujours été refusé par ce même corporatisme médical non visionnaire ;
  • des contraintes budgétaires toujours plus importantes qui imposent aux professionnels de santé de gérer les conséquences des crises sociales, sanitaires et environnementales avec des moyens insuffisants.

Depuis des années, le GBO/Cartel se mobilise sur ces dossiers et continue à porter ces revendications dans toutes les instances où se construit l’avenir des soins de santé.

Nous continuerons à défendre :

  • une revalorisation substantielle de l’acte intellectuel et des honoraires en garde ;
  • une meilleure reconnaissance du travail réalisé hors consultation ;
  • un rééquilibrage des financements au profit de la première ligne ;
  • la liberté diagnostique et thérapeutique, dans le respect des principes de responsabilité, de qualité, d’éthique et de solidarité ;
  • un échelonnement cohérent et souple des soins garantissant l’accessibilité pour tous ;
  • des conditions d’exercice attractives pour les jeunes médecins comme pour leurs aînés ;
  • une reconnaissance réelle du rôle central du médecin généraliste.

Pour une répartition plus équitable des moyens

Le refinancement des soins de santé est indispensable. Mais à budget constant, il est également nécessaire de poursuivre le rééquilibrage entre médecine technique et médecine intellectuelle.

La médecine générale a trop longtemps été la variable d’ajustement d’un système qui valorise davantage les actes techniques que la complexité croissante du travail clinique, relationnel et de coordination. La reconnaissance de cette complexité est une condition indispensable l’attractivité de la profession.

Au-delà de la profession

Les défis qui se posent aujourd’hui dépassent largement les seuls intérêts corporatistes. La lutte contre la surproduction de soins et sa iatrogénicité, les inégalités d’accès aux soins, la privatisation progressive du système de santé (à laquelle les suppléments d’honoraires participent), les fraudes sociale et fiscale, les conséquences environnementales négatives de nos pratiques constitue un enjeu majeur pour notre société.

La médecine générale a un rôle essentiel à jouer dans cette évolution. C’est pourquoi le GBO/Cartel continuera à défendre une vision des soins fondée sur la qualité, l’éthique, la solidarité et l’accessibilité. Et il s’associera à toute politique qui entend relever ces défis.

« Dans la négociation, il faut abandonner l’espoir de savoir qui a raison mais se fixer sur les objectifs de chaque protagoniste. » – Pierre Mendès France.
Et chacun obtiendra une partie de ce qu’il demande.

(1) Quand la ministre Onkelinx a voulu lever les contraintes du numerus clausus en 2014 pour les métiers en pénurie dont la médecine générale, il aura fallu 3 jours pour obtenir 10.000 signatures du terrain médical pour s’y opposer … elle a finalement retiré son projet. Non, le terrain n’a pas toujours raison… nous n’en serions pas là si elle avait pu mener à bien son projet, puisqu’il faut 10 ans pour faire un médecin en moyenne.

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