Huisartsgeneeskunde

"Une rue trop loin" : la BD qui dénonce les ruptures de soins imposées par certains CPAS bruxellois

La Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles dénonce une absurdité administrative : certains patients précarisés perdent la prise en charge de leur médecin généraliste après un simple déménagement de quelques rues. Pour rendre visible cette réalité, sa Commission Santé-Précarité publie une bande dessinée intitulée "Une rue trop loin"….

La Rédaction - 17 juni 2026

FAMGB

À Bruxelles, il suffit parfois de traverser une rue pour changer de commune. Et il suffit parfois de ce changement d’adresse pour perdre son médecin généraliste.

C’est l’absurdité dénoncée par la Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles, la FAMGB, via sa Commission Santé-Précarité. La fédération pointe une situation méconnue, mais lourde de conséquences : certains CPAS ne reconnaissent que des médecins installés sur leur propre territoire. Résultat : lorsqu’un patient vulnérable déménage dans une autre commune bruxelloise, ou lorsque le cabinet de son médecin change lui-même de commune, la prise en charge peut être interrompue. Le CPAS d’origine se retire. Le CPAS de la nouvelle commune refuse parfois de poursuivre la relation de soins.

Autrement dit, le lien médical, construit parfois pendant des années, peut être brisé pour une raison qui n’a rien de médical. Un code postal. Une limite communale. Une règle administrative.

Une bande dessinée pour raconter l’absurde

Pour rendre cette réalité visible, la FAMGB publie une bande dessinée au titre parlant : Une rue trop loin…. Le document illustre, avec simplicité, deux situations concrètes. Mais la fédération insiste : il ne s’agit pas de cas isolés. Derrière ces histoires individuelles se cache un problème structurel, qui touche de nombreux Bruxellois dépendant de l’aide médicale du CPAS.

Les publics concernés sont souvent les plus fragiles : personnes âgées, jeunes adultes en difficulté, familles en transition résidentielle, personnes migrantes, travailleurs précaires. Des patients pour lesquels la relation avec le médecin généraliste n’est pas un luxe, mais un point d’ancrage. Parfois le seul.

La médecine générale repose en effet sur la confiance, la continuité et la connaissance du patient. Le médecin connaît l’histoire médicale, le contexte familial, les traitements, les fragilités, les rendez-vous manqués, les épisodes d’urgence, les difficultés sociales. Casser cette relation, c’est souvent repartir de zéro.

Des conséquences très concrètes

La FAMGB alerte sur les effets en chaîne de ces ruptures administratives. Quand un patient ne peut plus consulter son médecin habituel, le suivi médical est interrompu. La confiance est fragilisée. Des informations cliniques peuvent se perdre. Des soins sont retardés. Et, faute de solution simple, certains patients finissent par se tourner vers les urgences, déjà sous pression.

Pour les médecins généralistes, cette situation crée aussi une surcharge administrative inutile. Il faut expliquer, argumenter, contacter les CPAS, tenter de trouver un interlocuteur, recommencer les démarches. Pendant ce temps-là, le patient attend. Et la santé attend rarement.

La FAMGB résume le problème en une formule forte : « Un code postal ne devrait pas séparer un patient de son médecin. » Derrière la phrase, il y a un enjeu de santé publique. Car ce sont précisément les patients qui ont le plus besoin de stabilité qui se retrouvent confrontés aux règles les plus instables.

Ce que demande la FAMGB

La fédération bruxelloise des généralistes demande d’abord la continuité de la prise en charge lors d’un déménagement intra-Bruxelles. Un changement d’adresse ne devrait plus entraîner automatiquement une rupture du suivi médical.

Elle rappelle aussi le principe du libre choix du médecin. Ce droit ne devrait pas s’arrêter aux portes de la précarité. Les personnes aidées par un CPAS ou un autre organisme social doivent pouvoir conserver leur médecin, comme n’importe quel autre patient.

La FAMGB demande enfin la mise en place d’un point de contact clair et opérationnel dans chaque CPAS. Cet interlocuteur serait dédié aux médecins généralistes et aux intervenants sociaux. Objectif : faciliter la prise en charge des bénéficiaires, résoudre rapidement les désaccords administratifs et éviter que la paperasse ne devienne un obstacle aux soins.

Une question de droits fondamentaux

La FAMGB ne se contente pas de dénoncer une mauvaise organisation. Elle rappelle que cette situation heurte des principes fondamentaux inscrits dans le droit belge.

Le droit à la protection de la santé est garanti par l’article 23 de la Constitution. La loi relative aux droits du patient consacre, elle aussi, le libre choix du médecin et la continuité des soins. À cela s’ajoutent les engagements internationaux de la Belgique, notamment au titre de la Convention européenne des droits de l’homme.

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