Public Mental Health Monitor
Les troubles liés à la boulimie touchent près d'un Belge sur cinq
Près d’un Belge sur cinq sera un jour confronté à des crises de boulimie ou à des comportements "de purge", selon une nouvelle étude du 'Public Mental Health Monitor', chaire interuniversitaire financée par Zorgnet-Icuro. L’étude montre que ces comportements sont beaucoup plus fréquents qu’on ne le pense généralement, et qu’ils sont fortement liés à d’autres problèmes de santé mentale.
Quasi 20% de la population connaît, à un moment de la vie, des épisodes de boulimie, vomissements provoqués ou abus de laxatifs, ressort-il d'une étude de la KU Leuven avec le soutien de Zorgnet-Icuro. Or, de nombreuses personnes ne recherchent une aide professionnelle que tardivement, voire pas du tout.
Près de 10.000 personnes interrogées
Zorgnet-Icuro finance une chaire interuniversitaire afin de collecter, de manière systématique et scientifiquement validée, des données sur les troubles psychiques et le recours aux soins au sein de la population générale. Une récente recherche doctorale menée à la KU Leuven, dans le cadre de cette chaire, s'est penchée sur la fréquence des crises d’hyperphagie et des comportements "de purge".
Une série d’études épidémiologiques à grande échelle, portant au total sur plus de 10.000 participants âgés de 18 à 85 ans, montre que près d’un sondé sur cinq a déjà présenté des crises d’hyperphagie ou des comportements de purge (vomissements provoqués, abus de laxatifs et/ou de diurétiques).
"Ces comportements ne sont pas exclusivement liés à des diagnostics cliniques tels que l’anorexie ou la boulimie. Ils peuvent apparaître à tout âge, avec un pic entre 15 et 25 ans", soulignent les experts du Public Mental Health Monitor par voie de communiqué .
Lien avec la santé mentale
Même lorsque ces épisodes ne se manifestent pas de manière clairement identifiable ou sévère, ils surviennent rarement de façon isolée. Les personnes qui rapportent ces comportements présentent un risque de 3 à 18 fois plus élevé de signaler également une dépression, un stress post-traumatique ou des pensées et comportements suicidaires.
Et le risque ne s’arrête pas là : dès l’apparition de crises d’hyperphagie ou de comportements de purge, la probabilité de développer ultérieurement des problèmes de santé mentale est plus que doublée.
Obstacles à l’accès aux soins
Pourtant, à peine un tiers des personnes qui souffrent de troubles alimentaires ont un jour bénéficié d’une prise en charge spécialisée, montre encore cette enquête. Et celles qui finissent par obtenir de l’aide attendent en moyenne plus de dix ans avant d’entamer un traitement.
"Intervenir plus précocement face à des comportements alimentaires perturbés ou à des troubles débutants permettrait pourtant d’obtenir d’importants bénéfices en matière de santé publique", soulignent les chercheurs.
La stigmatisation joue un rôle dans le délai pour chercher de l'aide, tout comme l'idée, profondément ancrée, qu'on peut surmonter seul ces problèmes ou que les traitements sont trop chers.
"Si cela correspondait encore à la réalité il y a quelques années, les investissements fédéraux ont depuis permis aux patients d’accéder à des soins remboursés dispensés par différents professionnels de santé, chacun apportant son expertise spécifique, tels que les diététiciens, médecins généralistes, psychologues et psychiatres."
Ainsi, depuis le 1er février 2024, l’INAMI rembourse un trajet de soins dédié aux troubles alimentaires pour les jeunes de moins de 23 ans.