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Investir dans la santé : de l’immobilier aux biotechs
Souvent présenté comme très prometteur, véritable symbole des avancées de la science, le secteur de la santé n’est cependant pas à la fête, ces dernières années. Tandis que plusieurs analystes entrevoient un retour en grâce, les entreprises biotechnologiques ont, de leur côté, déjà rebondi avec entrain. Divers fonds permettent à l’investisseur de se profiler sur cette thématique.
Longtemps assimilé à celui de la pharmacie, le secteur de la santé est recommandé aux investisseurs prudents en raison de son caractère défensif : quelle que soit la conjoncture, les citoyens sont bien obligés d’acheter des médicaments s’ils tombent malades. Au niveau mondial, il s’élargit considérablement. À l’assureur américain UnitedHealth par exemple, qui pèse plus de 300 milliards de dollars. Mais aussi à divers groupes hospitaliers. Aux États-Unis toujours, HCA, numéro 1 mondial, occupe plus de 300.000 personnes dans 341 hôpitaux et 125 centres de chirurgie. Quant au groupe australien Ramsay, il est depuis 2014 numéro 1 des cliniques privées en France !
Et vint la biotech…
Ces groupes hospitaliers cotés en bourse, où ils sont parfois chahutés, modifient la physionomie du secteur de la santé pour les investisseurs. Mais que dire alors de l’émergence des entreprises biotechnologiques ? Ce secteur biotech, ainsi qu’il est communément dénommé, est composé de sociétés souvent jeunes et aussi riches de promesses que pauvres de résultats. Certaines décollent, mais beaucoup finissent par sombrer, comme l’investisseur belge a eu l’occasion de s’en rendre compte. On se souvient que la liégeoise Mithra fut un moment valorisée à plus d’un milliard d’euros. La gantoise Galapagos n’a pas disparu, elle, mais le cours actuel ne représente qu’un dixième du sommet atteint au début 2020. Même situation pour la plus modeste Sequana Medical.
Il est heureusement des exceptions qui confirment la règle, si l’on ose s’exprimer ainsi. La biotech belgo-néerlandaise argenx (naguère orthographiée arGEN-X) est en repli depuis le début de l’année, mais en hausse de quelque 170 % sur une période de cinq ans. Et sur dix ans, le cours de l’action a été multiplié par 60 ! L’entreprise ne vaut actuellement pas moins de 40 milliards.
Défensif mais à la traîne
Physionomie modifiée, mais aussi popularité en berne : le secteur de la santé ne dame plus le pion aux autres entreprises cotées, comme on l’observait grosso modo jusqu’en 2015. L’évolution de l’indice MSCI World Health Care en témoigne. Du côté positif, le secteur maintient sa qualité défensive : quand la bourse flanche, il tire son épingle du jeu. Du côté négatif, il est passé d’une sur- à une sous-performance. Sur 30 ans, la santé a rapporté en moyenne 10,3 % par an aux investisseurs, contre 8,7 % pour l’ensemble de la bourse. Mais la différence s’inverse sur dix ans, avec 8,9 et 12,4 % respectivement. Et sur les cinq dernières années, on revient à 5,8 % seulement pour la santé, contre 10,8 % pour le marché. Epinglons quelques fonds assez différents axés sur le secteur de la santé.
Physionomie modifiée, mais aussi popularité en berne : le secteur de la santé ne dame plus le pion aux autres entreprises cotées, comme on l’observait grosso modo jusqu’en 2015.
Le médical au sens large
Le groupe KBC propose le KBC Equity Fund Medical Technologies. Le fonds n’est pas investi dans la pharmacie, mais assez largement pour le reste. Le deuxième poste du portefeuille, avec 8,4 % du total, est en effet UnitedHealth, l’assureur spécialisé dans le secteur de la santé évoqué plus haut. Toujours très chahutée, son action est en repli de 10% sur un an, mais en hausse de 10 % depuis le début de l’année. La première marche du podium (9,5 %) est occupée par Intuitive Surgical, le fabricant californien de robots chirurgicaux. L’action est dans le rouge sur les 12 derniers mois. Autres postes : le fabricant d’équipements médicaux Stryker et son confrère Boston Scientific, dont le cours s’est effondré de 40 % depuis le début de l’année. C’est le fabricant franco-italien de verres ophtalmiques et de lunettes EssilorLuxottica, en chute de quelque 30 % cette année, qui occupe la cinquième place.
D’autres actions en portefeuille font heureusement meilleure figure, comme la chaîne américaine de pharmacies CVS Health (+28 % sur un an) ou le groupe américain diversifié McKerson (+18 %). Si ce début 2026 s’inscrit résolument en rouge, la performance des trois dernières années fut fort correcte pour le secteur santé, soit respectivement +8,2 %, +11,3 % et +8,1 % de 2023 à 2025.
D’Ili Lilly à UCB
Cap est en principe mis sur l’innovation avec le BNP Paribas Funds Health Care Innovators. Deux groupes pharmaceutiques plutôt classiques figurent en tête du portefeuille : l’américain Eli Lilly et le britannique Astra Zeneca. Le premier y figure depuis le début 2020 et le cours de l’action, bien qu’en forte baisse cette année, a en réalité plus que quadruplé depuis. Même envol pour le second, mais sur une période de 13 ans. Belle performance boursière pour Gilead Sciences et Vertex Pharmaceuticals, en troisième et quatrième position, la seconde venant de s’envoler de moitié en un an. Les performances du fonds sont supérieures à la moyenne de la catégorie, mais parfois fort modestes dans l’absolu : +11,5 % en 2024, mais +0,3 % à peine en 2023 et +3,3 % en 2025.
On relève en dixième position le groupe pharmaceutique belge UCB, qui a brutalement perdu 18 % à la fin avril. L’annonce du rachat de la biotech Neurona Therapeutics (San Francisco) pour un gros milliard a jeté un froid, tout comme les rumeurs d’une concurrence accrue pour le médicament vedette Bimzelx. Ce coup de mou ne saurait faire oublier que l’action UCB restait alors en hausse de 45 % sur un an, et qu’elle avait précédemment quadruplé depuis son plancher de la fin 2023 !
L’envol de la biotech
Sur le terrain des biotechs, on observe une évolution nettement plus positive que dans la santé en général. Plus ou moins étal depuis le début de l’année, l’indice américain Nasdaq Biotechnology est en hausse de 37 % sur un an. Mais de 18 % seulement sur cinq ans, car le secteur a connu un douloureux passage à vide après le covid. Parmi les fonds qui lui sont dédiés, on relève le Candriam Equities L Biotechnology. Sa performance est fort correcte, de l’ordre de 10 % par an, sur les cinq et dix dernières années. Elle est ébouriffante sur un an, à +48 % ! Le rachat de petites et moyennes entreprises biotechs par de grosses entreprises pharmaceutiques voulant élargir leur gamme n’est pas étranger à cette performance, chez Candriam comme chez ses confrères investis en biotechs.
On retrouve parmi les cinq premières positions de son portefeuille les Vertex et Gilead évoqués plus haut, mais également l’américain Amgen, leader mondial (et pionnier) de la biotechnologie médicale. Il vaut aujourd’hui plus de 180 milliards de dollars. L’action progresse avec une certaine régularité et le cours a été multiplié par près de cinq depuis son démarrage de la fin 2011. On note pour la petite histoire que l’action valait moins de 80 cents en 1988, contre un sommet récent proche de 400 dollars…
C’est Alnylam Pharmaceuticals qui trône en tête des participations, une entreprise américaine engagée dans les thérapies d’interférence ARN. Le cours est récemment passé sous la barre des 300 dollars, venant d’un sommet de près de 500 dollars en octobre dernier, soit une chute de 40 % en cinq mois… mais il reste en progrès de 15 % sur un an et a plus que doublé en cinq ans. Les biotechs sont décidément volatiles ! Même observation pour la société pharmaceutique américaine Insmed. L’action affiche un repli d’un tiers depuis son sommet de la fin novembre… mais elle avait alors triplé en un an et octuplé en deux ans. Le secteur biotech a visiblement démarré avec entrain l’an dernier, en signant parfois des montagnes russes, et il a aujourd’hui les faveurs des investisseurs.
Aedifica : la brique-santé
On ne saurait oublier l’immobilier de santé, à savoir les maisons de repos et de soins. Le secteur est très défensif, avec des baux dépassant souvent 15 ans et un taux d’occupation de l’ordre de 100 %. Il connaît une croissance continue en raison du vieillissement de la population et ne présente pas les soubresauts que l’on a pu observer dans l’immobilier de bureau et commercial. Même s’il a suscité de vives craintes suite à l’épidémie de covid.
La bourse de Bruxelles abrite un grand nom du secteur : la SIR (société immobilière réglementée) Aedifica. Après fusion avec Cofinimmo, sa valeur en bourse passera de 6 à 9 milliards, ce qui en fera un géant à l’échelle européenne. Précisons qu’une SIR détient de l’immobilier et le loue, mais ne l’exploite pas.
Peu volatil au niveau de l’activité, le secteur le fut toutefois en bourse. Un des principaux attraits des SIR est leur rendement de dividende appréciable. Celui d’Aedifica est de l’ordre de 4 % net. Avec l’envolée des taux d’intérêt survenue en 2022, les SIR se sont effondrées. Aedifica a ainsi perdu 60 % en un peu plus de deux ans ! Les taux d’intérêt s’étant maintenant normalisés, nul n’imagine qu’une pareille catastrophe puisse se reproduire. Le cours reste toutefois sensible à l’évolution de ces taux.