Le nouveau Plan Cancer réforme les programmes de soins et la concertation oncologique multidisciplinaire
Une concentration accrue des soins pour les cancers complexes
Le nouveau Plan Cancer belge 2026-2036 prévoit une révision des programmes de soins oncologiques, une réforme de la concertation oncologique multidisciplinaire (COM) et une concentration accrue des soins pour les cancers complexes. La collaboration avec les soins de première ligne doit occuper une place plus importante.
L’accord de gouvernement de l’Arizona prévoyait l’élaboration d’un nouveau Plan Cancer. Le précédent remonte à 2008.
Le plan présenté aujourd’hui « est le fruit d’une collaboration intense entre les patients, les prestataires de soins, les scientifiques et les administrations de santé », indique le cabinet Vandenbroucke dans un communiqué.
Les autorités fédérales souhaitent repenser les soins oncologiques tout au long du parcours : de la prévention et du dépistage précoce au traitement, en passant par les soins palliatifs et la vie après un cancer. Le Plan Cancer belge 2026-2036 comprend ainsi 34 actions réparties en huit domaines. Toutes ne verront pas le jour au cours de cette législature. Certaines mesures nécessitent encore des recherches, de nouvelles dispositions réglementaires ou un financement.
Organisation des soins oncologiques
L’une des intentions les plus importantes concerne la mise à jour du modèle de soins en hémato-oncologie. Selon le plan, les programmes de soins existants restent trop centrés sur l’hôpital et impliquent peu les soins de première ligne. Le raccourcissement des séjours, l’hospitalisation à domicile et le nombre croissant de patients âgés atteints de plusieurs maladies rendent nécessaire une meilleure coordination.
L’Institut national d’assurance maladie-invalidité (INAMI) révisera donc l’organisation et le financement des soins oncologiques. Le futur modèle devra préciser qui coordonne le parcours de soins et comment les hôpitaux et les prestataires de première ligne partagent les informations et les responsabilités, du diagnostic jusqu’au suivi post-traitement ou à la phase palliative. Les travaux ont débuté fin 2025 et devraient se poursuivre au-delà de cette législature.
La concertation oncologique multidisciplinaire (COM) fera également l’objet d’une réforme. Le plan souligne les fortes disparités entre les hôpitaux en matière de fonctionnement et d’efficacité de la COM. Il met également en évidence une pression croissante liée à l’augmentation du nombre de dossiers et au besoin d’expertise spécialisée. L’INAMI examine tant l’organisation que le financement de cette concertation. Il recherche notamment un indicateur plus objectif de l’activité des programmes de soins oncologiques, afin que leur financement dépende moins du nombre de COM enregistrées. Selon le calendrier prévu, cette analyse doit aboutir au troisième trimestre 2027.
La plateforme KCE Practice du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) proposera un répertoire centralisé de recommandations de pratique clinique reconnues, de qualité et à jour pour les soins oncologiques en Belgique. Le plan vise ainsi à « favoriser des pratiques uniformes et fondées sur des données probantes, et à faciliter la mise en œuvre de nouvelles recommandations ».
Les centres spécialisés enregistreront plus systématiquement leurs indicateurs de résultats et les rendront publics.
Cancers rares et complexes
La concentration des soins pour les cancers complexes se poursuivra. Après les cancers de l’œsophage, du pancréas et de la tête et du cou, elle concernera les tumeurs ovariennes en 2027 et le cancer du poumon en 2028. L’INAMI examine avec des experts quels autres cancers rares ou complexes pourraient bénéficier de cette concentration. Le plan poursuit également cet objectif en oncologie pédiatrique.
Les centres spécialisés enregistreront par ailleurs plus systématiquement leurs indicateurs de résultats — mortalité, survie, complications, réadmissions - et les rendront publics.
Pour les tumeurs complexes, rares ou difficiles à traiter, le plan prévoit la création d’un comité national d’experts en oncologie moléculaire, le Molecular Tumour Board. Celui-ci assistera les médecins dans les décisions thérapeutiques les plus difficiles concernant des patients individuels. L’objectif est de favoriser l’intégration, dans la pratique clinique, des traitements guidés par des biomarqueurs. Il s’agit également de permettre aux patients, en particulier ceux atteints de cancers complexes ou extrêmement rares, d’accéder à des avis d’experts de qualité et cohérents.
Suivi post-traitement et partage des données
Après le traitement actif, le plan vise à améliorer la transition entre l’hôpital et les soins de première ligne. Un état des lieux recensera les modèles de suivi, les remboursements et les services de soutien existants. Des recommandations suivront afin d’assurer un accompagnement plus cohérent, notamment en matière de symptômes physiques, de difficultés psychosociales, de réadaptation et de retour au travail. Les différentes missions des « oncocoachs » et des accompagnateurs de parcours dans les hôpitaux feront également l’objet d’une analyse, avec une attention particulière portée à leur collaboration avec les prestataires extrahospitaliers.
Le plan prévoit également des soins adaptés aux jeunes atteints d’un cancer. Les jeunes adultes bénéficieront d’un accompagnement tenant compte des études, du travail et de la fertilité. La convention AYA, destinée aux adolescents et aux jeunes adultes, sera réformée.
Les patients, leur famille et leur entourage participeront davantage aux soins. Dans la mesure du possible, leurs souhaits guideront la prise en charge.
Une étude du KCE doit déterminer comment permettre aux patients présentant des lésions cutanées suspectes de consulter plus rapidement un dermatologue.
Prévention et dépistage
Le plan vise à soutenir les Régions dans la mise en place de dépistages organisés à l’échelle de la population et dans l’actualisation des programmes existants pour les cancers du sein, du col de l’utérus et du côlon. Il prévoit également d’examiner les données scientifiques relatives à l’intérêt du dépistage du cancer du poumon.
Les médecins généralistes se voient attribuer un rôle explicite dans le dépistage. Le plan souhaite les associer davantage, aux côtés des infirmiers et des pharmaciens, à l’information et à l’accompagnement des personnes susceptibles de bénéficier d’un dépistage organisé. Une attention particulière sera accordée aux groupes actuellement difficiles à atteindre.
Une étude du KCE doit déterminer comment permettre aux patients présentant des lésions cutanées suspectes de consulter plus rapidement un dermatologue, tout en orientant mieux les demandes de soins à faible risque et non urgentes. Ses conclusions détermineront les changements organisationnels nécessaires. Le gouvernement fédéral entamera également des discussions avec les ministres compétents afin de renforcer la réglementation relative aux bancs solaires.
Rapports et partage des données
Enfin, le plan mise sur des rapports structurés et standardisés, ou SSR (Standardised Structured Reporting). Leur mise en place débutera en anatomopathologie, où des initiatives préparatoires existent déjà, comme le projet BelSyRoPa. Elle devra ensuite s’étendre à d’autres disciplines oncologiques.
Un ensemble de données numériques, le CareSet « Oncologie », doit faciliter l’accès aux informations pertinentes tout au long du parcours de soins. Le principe consiste à enregistrer les données une seule fois, puis à permettre leur réutilisation. Un ensemble minimal de données en oncologie, destiné à une utilisation secondaire et compatible avec l’Espace européen des données de santé (EHDS), soutiendra également les politiques publiques, la recherche et la coopération européenne.