Concours d’entrée en médecine en FWB : les résultats en baisse doivent être appréhendés avec prudence
Grégoire Wieers, directeur du Département de médecine de l’UNamur et Dominique Henrion, médecin généraliste, Chargé d’enseignement, Responsable du master de spécialisation en médecine générale et membre de la commission des stages jettent un regard très prudent sur les chiffres de l’ARES. Françoise Smets, rectrice de l'UCL et ancienne doyenne de la Faculté de médecine émet également des doutes.
La moyenne générale au concours d'entrée de cette année est de 71,98 sur 160, contre 77,5/160 lors de l’édition 2025.
Comme nous l’avons détaillé dans notre édition papier, « le niveau général a tendance à s’éroder et les matières scientifiques « dures » sont clairement en échec : une moyenne de 3,53/20 en physique, 4,05/20 en biologie, 5,37/20 en maths et 8,06/20 en chimie ».
Il s’agit des résultats de tous les participants et non des seuls admis. « Vu qu'il s'agit d’un concours (et non plus d’un examen), il n’y a pas de cote d’exclusion, ni de moyenne à atteindre : tous les candidats classés en ordre utile peuvent débuter les études. Une partie est donc admise en échec afin de satisfaire aux quotas. »
« Ces résultats pris isolément ne veulent rien dire »
« Mon opinion est que ces résultats, pris isolément, ne veulent absolument rien dire. Ils doivent être intégrés dans trois dimensions », explique Grégoire Wieers. « Premièrement, la formation en sciences et en humanités ne répond pas aux attentes universitaires. C’est évidemment le premier décalage. Deuxièmement, le principe de sélection, qui repose non pas sur un potentiel ou sur la motivation à apprendre, mais sur la capacité à répondre à des questions. Les candidats sont un peu formatés pour répondre et refaire les examens des années précédentes. Il s’agit toujours, au bout du compte, du même type de questions. Certaines personnes sont très douées pour y répondre, sans être nécessairement de grands travailleurs par la suite. Troisièmement, le caractère contre-productif du système mis en place, qui prive les universités d’un vivier d’étudiants aux compétences très diverses. Ceux-ci mériteraient d’être accueillis et formés afin de répondre aux pénuries, sans devoir recruter à l’étranger des médecins pour combler les besoins. Ces réflexions ne concernent pas seulement la clinique, mais aussi la recherche et la coordination des soins, qui mériteraient un réinvestissement afin de rendre à la Belgique sa place pionnière dans le domaine des sciences de la santé. »

Concernant la baisse des points à la moyenne du concours, synonyme d’une baisse de niveau potentielle, le Dr Dominique Henrion, de son côté, reste prudent : « Je ne sais pas, car je n’ai pas vu l’épreuve. Ce sont effectivement des hypothèses que l’on peut évoquer. Je n’ai pas encore les chiffres de Namur. Les étudiants qui y suivaient la préparation figuraient parmi ceux qui réussissaient le mieux. Cela ne signifie pas nécessairement que les cours préparatoires y étaient meilleurs. Il existe peut-être un biais de recrutement, avec des étudiants issus de milieux socio-économiques favorisés. Ceux qui vont à Namur ont en tout cas tendance à mieux réussir l’examen d’entrée que les autres. Pourquoi la moyenne baisse-t-elle ? Incriminer une baisse du niveau dans l’enseignement secondaire est peut-être un peu rapide. Il faudrait probablement examiner l’évolution sur une période beaucoup plus longue pour pouvoir parvenir à cette conclusion. »
La faible note en physique est à relativiser
Sur la très faible note en physique et biologie (autour de 4/20) qui peut sembler flippante, le Dr Henrion temporise : « La logique de l’examen n’est pas celle qui est enseignée dans le secondaire. C’est déjà particulier. Le recours aux questionnaires à choix multiple ne correspond pas à la manière dont on enseigne dans le secondaire et peut être déroutant. Je ne sais pas s’il s’agissait de QCM ou de QRM, ni si le système prévoyait des points positifs et négatifs. Ces techniques d’interrogation comportent toute une série de biais importants. Certains concepteurs d’épreuves veulent absolument éviter l’effet du hasard et complexifient dès lors les questions. Je ne sais pas comment elles ont été formulées. »
Le Dr Henrion ne croit pas davantage au manque de préparation. « Je pense que ces étudiants sont très motivés : ils sacrifient leurs samedis pendant leur rhéto ainsi que leurs vacances pour préparer cet examen. Ceux qui se présentent sont préparés. Je ne connais pas de jeunes qui y vont à la légère. »
Nous l’avons interrogé également sur le poids peut-être excessif des matières d’empathie et de communication (même si elles sont indispensables pour le médecin) par rapport aux sciences exactes. « J’émets de nouveau beaucoup de réserves, car je ne participe pas à ces travaux. J’en entends peut-être parler de manière un peu plus précise que d’autres, mais Cela a toujours été une volonté des universités et de la profession de ne pas sélectionner uniquement des « autistes » ou des « rats de laboratoire », qui pourraient être très performants scientifiquement. Il fallait contrebalancer cela et c’est le système qui a été retenu. Et puis, qu’est-ce qui fait un bon médecin ? Prenons le cas d’un généraliste : est-ce quelqu’un qui pose un excellent diagnostic, mais communique très mal ? Je pense qu’il n’aura pas beaucoup de patients. À l’inverse, quelqu’un qui communique très bien, mais raconte des bêtises sur le plan scientifique, aura peut-être des patients, mais ce n’est pas satisfaisant.
Pénuries d’assistants
Le Dr Henrion rassure quant à l’encadrement : « La médecine générale représente 43 % de la cohorte qui termine le cursus de médecine. Autrement dit, les étudiants qui ont réussi l’examen d’entrée suivent trois années de bachelier, puis trois années de master. Au terme de ce master, ils doivent se spécialiser et 43 % d’entre eux devront s’orienter vers la médecine générale. Ces 43 % représentent environ 300 étudiants en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ils suivent ensuite trois années de master de spécialisation en médecine générale. Trois cohortes de 300 étudiants représentent donc environ 900 personnes, tandis que 2 .000 maîtres de stage sont reconnus. L’encadrement par des maîtres de stage en médecine générale ne pose dès lors aucun problème. »
En revanche, selon le Dr Henrion, il existe aussi une pénurie importante d’assistants. « Certains réseaux situés un peu en dehors des grands réseaux universitaires - Vivalia, par exemple, ou des hôpitaux périphériques à Ath, Mons ou Namur - n’ont plus suffisamment d’assistants. Je pense donc qu’en matière d’encadrement clinique, augmenter les cohortes ne poserait aucun problème. »
"Il faudrait en revanche renforcer la formation au sein des universités pour tout ce qui concerne les cours académiques. En bachelier, les étudiants sont déjà nombreux. La difficulté ne concerne pas les cours ex cathedra, car les auditoires existent, mais parfois les travaux pratiques. On peut cependant changer les méthodes et se réinventer. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème majeur."
Le constat est le même en master. "En médecine générale, si nous devions organiser les cours académiques pour une cohorte plus importante, nous adapterions également nos méthodes d’enseignement. Le corps enseignant possède cette capacité d’adaptation. Cela ne me pose pas de problème, mais je ne parle qu’en mon nom : je ne peux pas me prononcer au nom des recteurs ou des doyens."
Des données insuffisantes pour mesurer le niveau des lauréats
Les résultats publiés par l’ARES ne permettent pas de conclure à une baisse du niveau des futurs étudiants en médecine, estime pour sa part Françoise Smets, rectrice de l’UCL et ancienne doyenne de la Faculté de médecine. Pour établir une comparaison valable, il faudrait disposer des notes des seuls lauréats et analyser leur réussite en première année.
« Les moyennes communiquées pour l’ensemble des candidats au concours d’entrée en médecine et dentisterie doivent être interprétées avec prudence. Elles ne disent rien, en elles-mêmes, du niveau des étudiants finalement admis. Pour mesurer une éventuelle évolution, il faudrait pouvoir les comparer aux moyennes et aux médianes relevées lors des éditions précédentes. »
Un rapport publié par l’ARES après les cinq premières éditions de l’ancien examen d’entrée pourrait fournir une première base de comparaison. Ce document présente notamment des résultats par matière, mais ceux-ci concerneraient surtout les candidats ayant réussi l’épreuve. Si les données ne sont pas comparables, seule l’ARES, qui organise le concours et en gère le jury, dispose d’informations suffisamment détaillées pour répondre à la question.
« La distinction entre l’ancien examen et le concours actuel est essentielle. Auparavant, la réussite supposait d’obtenir au moins 10/20 dans chacune des deux grandes parties de l’épreuve et au moins 8/20 dans chaque matière. Les facultés savaient donc que leurs nouveaux étudiants avaient atteint ces seuils minimaux. »
Le concours repose désormais sur un classement : les candidats sont admis s’ils figurent parmi les mieux classés, dans la limite du contingent fixé. Une note faible dans une matière n’empêche donc plus nécessairement de devenir lauréat. « Or, les facultés ne reçoivent pas le détail des résultats de leurs étudiants. Elles ignorent dès lors si certains ont obtenu, par exemple, 5/20 en physique ou 3/20 en raisonnement. »
Un autre indicateur pourrait toutefois éclairer le débat : l’évolution du taux de réussite en première année depuis le passage de l’examen au concours. « Cette analyse relève des facultés de médecine et pourrait être demandée au Collège des doyens, présidé par le Pr Édouard Louis, de l’Université de Liège. Encore faut-il que les établissements aient déjà étudié ces données et disposent d’un recul suffisant. En l’état, les chiffres disponibles restent donc trop limités pour affirmer que le niveau des futurs médecins diminue. »