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Les vaccins qui protègent le cerveau 

CONGRÈS EAN Il est bien établi que la vaccination protège contre les maladies infectieuses, y compris les infections du système nerveux. Mais ses effets bénéfiques pourraient aller bien au-delà de la seule prévention des infections.

Dre Patricia De Cock - 21 septembre 2026

Le rôle des vaccins dans la préservation de la santé cérébrale a été au centre d'une session du dernier congrès de l'European Academy of Neurology (EAN). Nous en avons discuté avec la Pre Barbara Willekens (UZ Antwerpen), qui présidait cette session et dont les travaux portent notamment sur la sclérose en plaques (SEP).

L'importance de la vaccination

Divers micro-organismes peuvent provoquer des lésions et des séquelles neurologiques. Parmi les exemples classiques figurent la poliomyélite due au poliovirus, les méningites à Haemophilus influenzae de type b, à méningocoque ou à pneumocoque, le virus varicelle-zona (VZV), responsable notamment de méningite virale, de zona ou de vasculopathie pouvant conduire à un AVC ischémique, ainsi que la rougeole, qui peut se compliquer d'une encéphalite aiguë ou, plus tardivement, d'une panencéphalite sclérosante subaiguë (PESS). Au total, plus d'une vingtaine d'infections susceptibles d'entraîner des complications neurologiques pourraient être évitées grâce à la vaccination.

L'un des enjeux actuels est la méfiance croissante à l'égard de la vaccination. Selon la Pre Willekens, cette situation expose à la réapparition de pathologies telles que l'encéphalite liée à la rougeole ou la PESS. Beaucoup de médecins ne les connaissent que par les livres, mais elles doivent malheureusement à nouveau faire partie du diagnostic différentiel des neurologues, notamment des neuropédiatres.

Traitements immunosuppresseurs et vaccination

La Pre Willekens explique : « Dans ce contexte, nous suivons les recommandations du Conseil supérieur de la santé ainsi que le consensus EAN/ECTRIMS, tout en restant attentifs aux nouvelles données de la littérature. Nous vérifions le statut vaccinal avant d'instaurer un traitement et, s'il est incomplet, nous procédons aux vaccinations nécessaires avant de débuter un traitement de fond (Disease-Modifying Therapy, DMT), lorsque l'activité de la maladie le permet. Chez les patients séronégatifs pour le virus varicelle-zona (VZV) n'ayant jamais contracté la varicelle, la vaccination par un vaccin vivant atténué est indispensable avant l'instauration d'un traitement de la SEP. »

SEP et virus d'Epstein-Barr

La SEP touche près de 2,8 millions de personnes dans le monde. Elle survient principalement chez les jeunes femmes adultes, mais peut apparaître à tout âge et se caractérise par une grande hétérogénéité clinique. La Pre Barbara Willekens explique : « Nous savons qu'une infection antérieure par le virus d'Epstein-Barr (EBV) constitue un facteur déclenchant majeur de la SEP. L'EBV est même considéré comme un facteur nécessaire au développement de la maladie : en l'absence d'infection préalable, le risque de développer une SEP est quasiment nul. Le virus infecte les lymphocytes B, où il persiste à l'état latent tout au long de la vie, avec un risque de réactivation. De plus, des réactions immunitaires croisées entre les antigènes de l'EBV et ceux de la myéline jouent également un rôle dans la pathogenèse de la maladie. »

« Une hypothèse est qu'en vaccinant une population jeune contre l'EBV, il serait possible de prévenir la mononucléose et, peut-être aussi, l'apparition ultérieure d'une SEP. »

Après une infection par l'EBV, le risque de développer une SEP est multiplié par plus de 30. « Cela a été clairement démontré dans de grandes études américaines menées sur des échantillons sanguins de militaires. Les chercheurs y ont comparé l'incidence de la SEP chez des personnes déjà séropositives pour l'EBV, des personnes séronégatives et des personnes ayant présenté une séroconversion [1] », ajoute-t-elle.

Vaccination contre la SEP : une perspective d'avenir

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La Pre Barbara Willekens (UZ Antwerpen): « Lorsqu'un vaccin contre l'EBV capable d'induire une réponse sérologique suffisante sera disponible, j'entrevois deux applications potentielles dans la SEP : la prévention et le traitement. »

À l'heure actuelle, il n'existe pas encore de vaccin contre l’EBV, mais plusieurs études sont en cours afin de développer un vaccin efficace. « La première étape consistera à déterminer si un vaccin offre effectivement une protection suffisante contre le développement d'une mononucléose après une infection par l'EBV », explique la Pre Barbara Willekens. « Lorsqu'un vaccin contre l'EBV capable d'induire une réponse sérologique suffisante sera disponible, j'entrevois deux applications potentielles dans la SEP : la prévention et le traitement. Parallèlement, des études de phase précoce évaluent le principe de la vaccination inverse, qui vise à induire une tolérance immunitaire plutôt qu'à stimuler la réponse immunitaire, comme le font les vaccins classiques. »

Prévention

« En matière de prévention, une hypothèse est qu'en vaccinant une population jeune contre l'EBV, il serait possible de prévenir la mononucléose et, peut-être aussi, l'apparition ultérieure d'une SEP. Cette question de recherche suscite un vif intérêt dans le monde entier. Les études nécessaires devront être menées à l'échelle de la population et s'étendront sur plusieurs décennies », souligne la Pre Willekens.

« Le lien immunologique entre l'EBV et la SEP est complexe, mais nous en découvrons progressivement les différentes pièces du puzzle. Nous savons désormais que plusieurs mécanismes immunologiques jouent un rôle essentiel », ajoute la professeure. « Parmi eux figurent la persistance de l'EBV dans les lymphocytes B, avec un risque de réactivation, le mimétisme moléculaire (molecular mimicry), la présentation des antigènes et l'activation des lymphocytes T, qui aboutissent à une neuro-inflammation et à une démyélinisation. »

Traitement

Une deuxième application est thérapeutique : le vaccin est administré à des patients atteints d'une SEP à un stade précoce afin de renforcer la capacité du système immunitaire à éliminer l'EBV présent dans les lymphocytes B et à le maintenir sous contrôle. Cette hypothèse fait actuellement l'objet d'une étude clinique [2].

Immunotolérance

« Enfin, plusieurs études de phase précoce explorent la possibilité d'induire une immunotolérance vis-à-vis de différents antigènes de la myéline. L'une d'elles, évaluant une vaccination autologue à base de cellules dendritiques tolérogènes chez des patients atteints de formes progressives de SEP, débutera prochainement [3] », explique la Pre Willekens. « Cette étude vise à évaluer, d'une part, les premiers signaux d'efficacité et, d'autre part, la sécurité de cette approche chez des patients atteints de SEP pour lesquels les options thérapeutiques restent limitées. Des données suggèrent que, dans la SEP, une réaction auto-immune dirigée contre des antigènes spécifiques de la myéline se met en place. L'objectif du traitement n'est précisément pas de déclencher une réponse immunitaire contre ces antigènes, mais au contraire d'induire une tolérance immunitaire afin d'atténuer cette réponse. »

Au-delà de la SEP

Au-delà des recherches prometteuses sur la SEP, la vaccination suscite également un intérêt croissant dans d'autres domaines, notamment pour la prévention de la démence et le traitement de certaines affections neuro-oncologiques, comme le glioblastome. Des études portant sur la vaccination contre le VZV apportent des arguments solides en faveur d'un effet préventif sur le développement de la démence. La Pre Barbara Willekens nuance toutefois ces résultats : « Nous n'en avons pas encore la certitude : les preuves issues de grands essais cliniques randomisés font encore défaut. Les stratégies vaccinales évaluées, par exemple, dans le traitement du glioblastome multiforme en sont elles aussi à un stade précoce de développement, mais ce domaine de recherche est clairement en plein essor. »

Références
1. Bjornevik K, et al. Longitudinal analysis reveals high prevalence of Epstein-Barr virus associated with multiple sclerosis. Science. 2022 Jan 21;375(6578):296-301.
2. Study Details | NCT06735248 | A Study to Investigate Multiple Sclerosis Relapse Prevention With mRNA-1195 Compared with Placebo in Participants Aged 18 to ≤55 Years | ClinicalTrials.gov
3. Clinical Trials in the European Union - EMA
Study Details | NCT07020715 | A Phase IIa Study of Vitamin D3 Tolerogenic Dendritic Cells (tolDC) for Multiple Sclerosis | ClinicalTrials.gov
4. 
EAN congress 2026: Vaccines technologies to protect brain health.

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