Recherche clinique

Pourquoi de vrais jumeaux ne réagissent-ils pas de la même manière aux infections ?

Une étude australienne menée sur une centaine de paires de jumeaux en bonne santé tentera de déterminer pourquoi des personnes génétiquement très proches peuvent réagir différemment aux infections, aux vaccins et aux traitements. L’environnement et les infections antérieures pourraient jouer un rôle plus important qu’on ne le pensait.

La Rédaction - 14 septembre 2026

Nicole et Amanda Campbell sont de vraies jumelles. Aujourd’hui quadragénaires, elles se ressemblent physiquement, mais présentent des personnalités et des parcours médicaux très différents. Nicole souffre depuis l’âge de 11 ans de la maladie de Crohn, une pathologie inflammatoire chronique du système digestif. Amanda a, quant à elle, développé une sclérose en plaques à 24 ans. Toutes deux sont actuellement en rémission.

Leur situation illustre une question qui intrigue depuis longtemps les immunologues : pourquoi deux personnes possédant un patrimoine génétique presque identique ne développent-elles pas les mêmes maladies et ne réagissent-elles pas de la même façon aux infections ou aux traitements ?

Jumeaux

Selon une enquête d’ABC, une nouvelle étude dirigée par des chercheurs australiens espère mieux distinguer l’influence des gènes de celle de l’environnement.

Cent paires de jumeaux en bonne santé

Le Snow Centre for Immune Health prévoit de recruter cent paires de jumeaux en bonne santé. Les chercheurs analyseront des échantillons sanguins afin d’observer, en laboratoire, la manière dont leurs cellules immunitaires réagissent dans différentes conditions.

Ils étudieront notamment la division, la survie et la disparition des cellules immunitaires. Ces mécanismes fondamentaux influencent la réponse aux vaccins et aux infections, le risque de développer certaines maladies ainsi que l’efficacité des traitements.

« Cela détermine en grande partie la manière dont nous réagissons aux vaccins ou aux infections, les raisons pour lesquelles nous risquons de développer certaines maladies et pourquoi nous répondons différemment aux traitements », explique à ABC Jason Tye-Din, directeur du Snow Centre.

Les études menées sur des jumeaux permettent de neutraliser en partie l’influence génétique. Chez les vrais jumeaux, les différences observées peuvent davantage être mises en relation avec l’alimentation, le mode de vie, le stress, le tabagisme, la consommation d’alcool ou les infections contractées au cours de l’existence.

La génétique crée une prédisposition

Les scientifiques utilisent cette méthode depuis plus d’un siècle. L’une des premières études classiques sur les jumeaux remonte à 1922 : l’ophtalmologue allemand Walter Jablonski avait alors examiné 52 paires de jumeaux afin d’évaluer la composante génétique de certains troubles de la réfraction.

Plus récemment, une étude publiée en 2022 dans Nature a comparé 61 paires de vrais jumeaux dont un seul membre souffrait de sclérose en plaques. L’équipe de l’immunologue Florian Ingelfinger a découvert des différences inattendues dans un type très précoce de lymphocytes T auxiliaires. Chez les jumeaux malades, ces cellules présentaient une communication altérée susceptible de les rendre plus sensibles à l’inflammation.

Ces résultats suggèrent que les gènes peuvent créer une prédisposition à la sclérose en plaques, sans suffire à provoquer la maladie. Un autre événement survenu au cours de l’existence serait nécessaire pour transformer cette vulnérabilité en pathologie.

« Tout ce que nous faisons – sport, alimentation, tabagisme, consommation d’alcool ou infections antérieures – peut façonner le comportement de notre système immunitaire », souligne Florian Ingelfinger. Les gènes continuent néanmoins d’exercer une influence majeure.

Le poids des infections passées

Le choix de jumeaux en bonne santé est déterminant. Chez des personnes malades, les chercheurs éprouvent davantage de difficultés à déterminer si une différence immunitaire constitue la cause ou la conséquence de la pathologie.

Une étude publiée en 2015 dans la revue Cell avait ainsi analysé les réactions immunitaires de 105 jumeaux en bonne santé, âgés de 8 à 82 ans. Les scientifiques avaient mesuré la réponse de leurs cellules aux agents infectieux ainsi que leur taux d’anticorps après vaccination.

Le principal facteur expliquant les différences entre leurs systèmes immunitaires n’était pas génétique, mais lié aux infections antérieures. Une contamination passée par le cytomégalovirus apparaissait notamment comme un facteur déterminant.

Encore à un stade précoce, la nouvelle étude australienne devrait être achevée dans un délai de douze à dix-huit mois. Elle pourrait aider les chercheurs à mieux prévoir les réactions individuelles aux vaccins et aux traitements, mais aussi à identifier les facteurs environnementaux sur lesquels agir pour prévenir certaines maladies.

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