OpinionMédecine du sport

La vulnérabilité des gladiateurs en lycra

Protéger les cyclistes contre eux-mêmes et contre les autres

Le métier de cycliste semble échapper à toutes les lois de la médecine. Il est grand temps de cesser de glorifier la souffrance dans le cyclisme. Les cyclistes sont des gladiateurs vêtus de combinaisons en lycra sophistiquées, mais ils restent des êtres humains et sont vulnérables.

Tom Teulingkx - 28 août 2026

Arnaud De Lie wielrenner
Arnaud De Lie (Lotto-Intermarché) après la quatrième étape du Tour de Wallonie 2026. © Belga Photo / David Pintens

Arnaud De Lie, qui a continué à courir alors qu’il était malade tant au Tour qu’au Giro, Cian Uijtdebroeks, qui est resté dans le Tour malgré 40 degrés de fièvre (une température à laquelle les parents, pris de panique, emmènent leur enfant aux urgences), et qui, après une violente chute ayant entraîné, selon le rapport médical, des « blessures graves », a réussi de justesse, en larmes, à passer le temps limite de la troisième étape de cette Vuelta qui s’annonce encore longue.

Les exemples ne manquent pas dans le passé de coureurs qui, malgré de graves commotions cérébrales, des fractures de la clavicule, du poignet, des côtes et même du bassin, ont obstinément poursuivi leur calvaire, contre toute raison. Lors du Tour de France de cette année, le Français Dorian Godon a roulé jusqu’à Paris avec quatre côtes cassées et une lésion vertébrale. Il a terminé 136e.

Courageux, héroïque

« Héroïque », « courageux », « persévérance », « caractère », « au service de l’équipe » : tels sont les termes élogieux que l’on entend à l’égard de quelqu’un qui, dans d’autres circonstances, aurait été mis au lit et n’aurait pas été autorisé à se rendre au bureau pendant plusieurs semaines pour cause d’incapacité de travail. Cela ne s’applique pas à cette profession, qui semble apparemment au-dessus de toutes les lois de la médecine.

Depuis la période du Covid et la prise de conscience qui a suivi l’arrêt cardiaque de Sonny Colbrelli – qui, malgré une infection et de la fièvre, a continué à sprinter avec force jusqu’au défibrillateur et à la fin de sa carrière –, de nombreuses équipes et de nombreux coureurs sont devenus plus prudents – Dieu merci. Mais apparemment, certaines équipes, certains médecins et certains coureurs restent sourds aux dangers des problèmes cardiaques indéniablement liés à la pratique sportive en cas de fièvre, tant à court qu’à long terme.

La liste des coureurs ayant subi des arrêts cardiaques, des troubles du rythme cardiaque, des implantations de défibrillateurs, et malheureusement aussi des décès, est devenue interminable.

Cian Uijtdebroeks, un jeune coureur sensé et très talentueux, est maintenu dans l'arène pendant deux étapes consécutives, alors que toute personne dotée de bon sens, même sans aucune formation médicale, prendrait une autre décision.

Pas de réel suivi médical

« Il y a bien sûr toujours une certaine pression de la part de l’équipe pour continuer », et « mon cœur est surveillé chaque jour à l’hôpital » sont deux affirmations qui ne tiennent ni route, ni sur le plan éthique, ni sur le plan médical. Les problèmes cardiaques peuvent se développer tardivement et aucun examen ne permet de les détecter à un stade précoce. La prévention est le seul remède et, pour cela, un simple thermomètre à cinq euros suffit, pas une IRM.

Il est grand temps que nous cessions de glorifier la souffrance dans le cyclisme. Les coureurs qui souhaitent courir malgré des fractures, de la fièvre, des blessures et des infections graves doivent être protégés contre eux-mêmes (et contre les autres). Pratiquement aucun coureur qui s’est présenté au départ alors qu’il était malade n’a réussi à obtenir un résultat lors d’une course par étapes de plusieurs jours. Mais beaucoup ont fini par développer des problèmes mentaux ou physiques irréversibles.

L’UCI, l’instance dirigeante du cyclisme, devrait mettre en place une équipe médicale indépendante chargée de retirer les coureurs de la course si nécessaire. Cela va à l’encontre des intérêts commerciaux des équipes, mais c’est dans l’intérêt de la santé physique et mentale du sportif.

Laisser des coureurs sur leur vélo malgré des signaux d’alerte médicaux est non seulement inacceptable d’un point de vue médico-sportif, mais constitue également une violation de toutes les règles relatives au respect de l’intégrité humaine.

Le Dr Tom Teulingkx est médecin du sport, président de l'Association des médecins du sport et des médecins d'examen (SKA) et médecin fédéral de Belgian Cycling.

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