Surmortalité post-Covid : BMJ Group rétracte une étude jugée trompeuse
BMJ Group a rétracté mardi une analyse publiée en 2024 sur la surmortalité observée dans plusieurs pays occidentaux après la pandémie. L’éditeur reproche à l’article une discussion déséquilibrée, comportant des informations erronées sur les causes possibles des décès, ainsi qu’une contribution originale limitée. Les investigations n’ont toutefois mis en évidence ni fraude, ni falsification, ni plagiat.
L’article avait été publié en juin 2024 dans la revue en libre accès BMJ Public Health. À partir des données de la plateforme Our World in Data, ses auteurs examinaient la mortalité excédentaire enregistrée entre janvier 2020 et décembre 2022 en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Intitulée "Excess mortality across countries in the Western World since the COVID-19 pandemic", l’analyse avait bénéficié d’un communiqué de presse de BMJ Group et suscité une large couverture médiatique. Mais sa qualité, son originalité et surtout la manière dont ses conclusions avaient été présentées ont rapidement fait l’objet de critiques.
Aucun lien causal établi
Dès juin 2024, BMJ Public Health avait assorti l’article d’une « expression de préoccupation ». La revue précisait alors que les travaux publiés n’avaient ni recherché ni démontré de relation causale entre la surmortalité, les mesures sanitaires prises pendant la pandémie et la vaccination contre le Covid-19.
Cette mise au point visait notamment à corriger certaines interprétations de l’article laissant entendre que les vaccins ou les politiques de confinement pourraient expliquer une part importante des décès excédentaires. Selon BMJ Group, les données et la méthodologie employées ne permettaient pas d’étayer une telle conclusion.
Pas de fraude, mais une interprétation jugée sélective
Le Princess Máxima Centre d’Utrecht, auquel trois des quatre auteurs étaient affiliés au moment de la publication, a ensuite mené sa propre enquête. Ses conclusions anonymisées ont été transmises à BMJ Group en mai 2025.
L’institution n’a trouvé aucune preuve d’intention malveillante, de fabrication ou de falsification de données, ni de plagiat chez les chercheurs concernés par son investigation. Elle a néanmoins estimé que les explications avancées sur les causes possibles de la surmortalité ne reflétaient pas le consensus scientifique disponible à l’époque.
Le rapport qualifie les conclusions de trompeuses et sélectives, avec une attention disproportionnée accordée aux effets négatifs potentiels de la vaccination. L’auteure correspondante, également garante de l’article, n’avait toutefois pas pu participer à l’enquête institutionnelle.
Une investigation éditoriale prolongée
La revue est finalement parvenue à entrer en contact avec cette auteure en octobre 2025 afin de recueillir son point de vue. Au terme de sa propre investigation, BMJ Group a conclu que la discussion de l’article manquait de mise en perspective, que certaines explications proposées relevaient de la désinformation et que la quantité de travail original réalisée par les auteurs était limitée.
« Ce dossier était complexe en raison des multiples problèmes à examiner, dont certains avaient déjà été partiellement étudiés par l’institution », explique la Dre Helen Macdonald, responsable de l’éthique des publications et de l’intégrité des contenus chez BMJ Group. Il a notamment fallu, souligne-t-elle, reconstituer la manière dont l’étude avait été menée puis présentée.
BMJ Group a joint à l’avis de rétractation le document transmis par le Princess Máxima Centre, l’institution n’ayant pas rendu public son rapport complet.
Deux auteurs soutiennent la rétractation
Le Princess Máxima Centre ainsi que deux des quatre auteurs ont marqué leur accord avec la décision de rétracter l’article.
Cette affaire illustre la distinction importante entre fraude scientifique et publication non fiable. Les investigations n’ont pas établi de manipulation des données, mais elles ont conclu que l’interprétation proposée dépassait ce que celles-ci permettaient d’affirmer et pouvait induire les lecteurs en erreur sur les causes de la surmortalité post-pandémique.
La rétractation intervient un peu plus de deux ans après la publication de l’étude et après une longue procédure associant enquête institutionnelle, examen éditorial et audition de l’auteure correspondante.