Les gens vivent plus longtemps, mais passent davantage d'années en mauvaise santé
L’espérance de vie continue d’augmenter à l’échelle mondiale, mais les années de vie supplémentaires sont de plus en plus souvent vécues avec une maladie ou un handicap. Selon les chercheurs, les systèmes de santé ne doivent donc pas seulement viser à prolonger la durée de vie, mais aussi à allonger la période de vie en bonne santé.
L’espérance de vie moyenne a fortement augmenté au cours du siècle dernier et atteint désormais 73,8 ans à l’échelle mondiale. Cette progression s’explique notamment par le recul des maladies infectieuses, la diminution de la mortalité maternelle et infantile, ainsi que par l’amélioration de la prévention et du traitement des maladies chroniques.
Toutefois, cette hausse de l’espérance de vie ne s’accompagne pas d’une augmentation équivalente de l’espérance de vie en bonne santé. L’analyse des données provenant de 204 pays et territoires montre qu’en 2023, les personnes ont passé en moyenne 14,5 % de leur vie en mauvaise santé, contre 13,6 % en 1990.
Davantage d’années de vie avec des limitations
Les pays où l’espérance de vie est la plus élevée enregistrent également une augmentation du nombre d’années vécues avec une maladie ou des limitations fonctionnelles. Selon les chercheurs, la période de maladie ne se concentre pas davantage en fin de vie, mais tend au contraire à s’allonger.
Dans les pays les plus riches, les habitants ont passé en moyenne 15,7 % de leur vie en mauvaise santé en 2023. Les Pays-Bas figurent parmi les pays ayant connu l’une des plus fortes hausses : la proportion d’années vécues en mauvaise santé est passée de 13,2 % en 1990 à 15,7 % en 2023.
Les maladies chroniques, principale cause
Les affections non mortelles étaient responsables de plus de la moitié de cet écart en matière de santé. Les principales contributions provenaient des affections musculosquelettiques, telles que les lombalgies, des troubles mentaux, des atteintes sensorielles comme la perte auditive liée à l’âge, ainsi que des traumatismes non intentionnels, qui augmentent le nombre d’années vécues avec des limitations.
Dans les pays à faible revenu, la malnutrition, les infections respiratoires, la tuberculose et les maladies tropicales négligées jouaient également un rôle majeur.
Les chercheurs soulignent en outre l’importance de plusieurs facteurs de risque modifiables, parmi lesquels l’obésité, le tabagisme, le diabète et la pollution atmosphérique. Dans les pays à revenu élevé, la consommation de drogues et l’usage excessif d’alcool figurent également parmi les principaux facteurs de risque.
Mettre l’accent sur les années de vie en bonne santé
Selon les auteurs, les systèmes de santé devraient déplacer leur priorité d’un simple allongement de la durée de vie vers la promotion d’un vieillissement en bonne santé. Cela nécessite, selon eux, des investissements accrus dans la prévention, le suivi à long terme des maladies chroniques, la réadaptation et les soins de santé mentale.
« Les futurs progrès en matière de santé ne résulteront pas seulement du fait de faire vivre les personnes plus longtemps, mais surtout de leur permettre de vivre plus longtemps en bonne santé », déclare Christopher Murray (Institute for Health Metrics and Evaluation, Université de Washington), l’un des auteurs de l’étude. Selon les chercheurs, prolonger la durée de vie en bonne santé pourrait en outre générer des bénéfices sociétaux et économiques plus importants qu’une approche exclusivement centrée sur la lutte contre des maladies prises isolément.
Référence
Hay S, Nam P, Saqib H et al. Global, regional, and national trends in the morbidity gap and contributing diseases, injuries, and risk factors, 1990–2023: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2023. The Lancet Public Health, 11, p.487-505
https://doi.org/10.1016/S2468-2667(26)00098-8