Le retour de la télé-logopédie, oui mais…
À la suite d’une annonce du ministre Vandenbroucke dans la presse cette semaine, l’UBPS s’interroge sur la pertinence des modalités imposées à la réintroduction de la télé-logopédie dans le paysage des soins.
Une opinion de l'UBPS

Un bon nombre de logopèdes ont pu expérimenter cette pratique durant la pandémie covid-19, en 2020, et ont pu constater qu’elle ne représentait pas un « sous-soin », mais bien une autre modalité thérapeutique, avec ses avantages, ses limites et ses exigences propres.
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Depuis plusieurs années, les études internationales montrent que la télé-logopédie est efficace dans de nombreux domaines. Entre autres : trouble développemental du langage, troubles des apprentissages, aphasie, voix, bégaiement ou maladies neurodégénératives…
De nombreux avantages
À distance, on observe souvent :
- une implication plus active ;
- davantage d’autonomie ;
- une généralisation plus écologique des stratégies ;
- une participation plus importante des proches.
La littérature en neuro-réhabilitation montre que les apprentissages contextualisés dans l’environnement réel favorisent le transfert fonctionnel.
La télé-logopédie améliore l’accès aux soins, l’accès aux spécialistes, la continuité thérapeutique, l’adhésion au traitement et le maintien des soins malgré la fatigue, la douleur ou les déplacements.
Pour certains patients, elle réduit :
- la charge cognitive ;
- la fatigue motrice ;
- l’anxiété liée aux transports.
Elle est particulièrement pertinente en neurologie, dans les maladies neurodégénératives, en oncologie ORL, en zones sous-dotées , et pour les patients immunodéprimés.
En bref, moins de déplacements, moins d’annulations, moins de ruptures thérapeutiques.
Il est cependant essentiel de rappeler que la télé-logopédie ne convient pas à toutes les situations cliniques. Certaines prises en soins nécessitent impérativement le présentiel. En particulier, lorsque l’observation clinique fine, la thérapie manuelle et les guidances physiques sont indispensables.
Le jugement clinique des logopèdes doit donc rester central dans le choix de la modalité thérapeutique.
Diminution des honoraires de 18 % ?
La question de la diminution des honoraires en téléconsultation interroge toutefois profondément la profession. Une séance à distance ne demande pas moins de compétences. Elle nécessite souvent davantage de préparation, une adaptation spécifique des supports, une gestion technique accrue ainsi qu’un accompagnement plus important de l’entourage.
Pourtant, la clinique logopédie, basée sur la preuve, repose surtout sur l’expertise clinique, le raisonnement thérapeutique, la personnalisation, l’analyse fonctionnelle et l’ajustement continu. Et ces dimensions restent pleinement mobilisées en télé-soin.
Or, la logique tarifaire actuelle semble encore reposer sur un argument abusif et sans fondement : « moins de présence physique = moins de travail ».
La qualité du soin ne peut être évaluée uniquement en prenant en compte la présence physique du thérapeute.
La télé-logopédie ne doit pas être considérée comme une version simplifiée du soin, mais comme une pratique complémentaire, moderne et scientifiquement soutenue, au service d’une prise en soins plus accessible, plus flexible et parfois plus écologique.
La littérature insiste sur la nécessité d’une sélection clinique pertinente, d’une évaluation préalable en présentiel et d’un jugement professionnel laissé au logopède.
L’UBPS défend la liberté clinique du praticien plutôt qu’un cadre rigide uniforme.
La télé-logopédie ne doit pas être pensée comme une version « allégée » du soin en présentiel, mais comme une modalité thérapeutique complémentaire, exigeant des compétences spécifiques et répondant à des besoins réels de santé publique.
Soulignons ici le rôle important des unions professionnelles francophones et néerlandophones pendant la pandémie, et plus précisément, l’expérience accumulée sur le terrain avant même la reconnaissance structurelle actuelle.
Quelques références propres au télé-soin en logopédie :
ASHA telepractice guidelines
Weidner & Lowman (2020) – systematic review telepractice speech-language pathology
Wales et al. (2017) – telehealth dysphagia review
Tenforde et al. (2020) – telerehabilitation outcomes
Law et al. (2021) – telepractice in pediatric speech-language therapy
Cason (2014) – telerehabilitation policy and efficacy
Covert et al., 2019 ;
Molini-Avejonas et al., 2015 ;
Sutherland et al., 2018