Radiologie

Blocage du détroit d’Ormuz

Via l’hélium, la guerre en Iran pourrait-elle asphyxier l’imagerie médicale ?

Les navires bloqués dans le détroit d’Ormuz ne sont pas tous des pétroliers. Les tanks d’hélium liquide, nécessaire pour refroidir les machines d’IRM, sont également touchés. La situation pourrait faire exploser des prix déjà extrêmement élevés et mettre les hôpitaux encore davantage sous pression.

François Hardy - 7 mai 2026

machine IRM MRI 

Le conflit qui oppose les États-Unis à l’Iran s’est cristallisé autour du détroit d’Ormuz. Large de quelques 55 km à son point le plus étroit, le corridor maritime permet en temps normal à plus de 140 navires de relier chaque jour le Golfe persique à la Mer d’Arabie, et plus largement à l’Océan indien. Avec 30% du commerce mondial de pétrole qui l’emprunte, sa fermeture s’est rapidement concrétisée, chez nous, par une flambée des prix des carburants.

Mais les belligérants ne filtrent pas les navires qui veulent traverser le détroit d’Ormuz. Le transport maritime d’autres matières premières est également lourdement touché. 30 %, c’est également la part de la production mondiale d’hélium fournie par le Qatar. Les conteneurs frigorifiques qui doivent transporter l’hélium à -269°C sont bloqués dans le détroit. Or, après une quarantaine de jour, ce gaz très spécifique commence à s’éventer et doit être considéré comme perdu. Pour ne rien arranger, la plus grande usine de gaz naturel liquéfié au monde (dont est dérivé l’hélium), y est à l’arrêt à la suite d’une attaque iranienne de drone.

Ça jette un froid

La crise dans le Golfe vient crisper encore un peu davantage un marché déjà tendu de longue date. Le prix de l’hélium a été multiplié par sept en cinq ans (de 5 euros le litre en 2018 à 35 euros le litre en 2023). Et l’explosion de son coût ne touche malheureusement pas que le particulier qui veut maintenir des ballons en suspension pour l’anniversaire de ses enfants.

Deux gros secteurs sont de gourmands consommateurs de ce gaz de plus en plus rare. Les fabricants de puces électroniques, d’une part, l’utilisent comme gaz de protection dans la technologie des fameux semi-conducteurs. Dans le domaine médical, d’autre part, les températures extrêmement froides auxquelles l’hélium peut descendre font de lui une substance de choix face à des températures élevées indésirables. « L'usage de loin le plus important en quantité est le refroidissement des éléments supraconducteurs de nos appareils de résonance magnétique », confirme le Pr Grégory Nicaise, chef du service de radiologie du CHU Helora (site Jolimont).

« Pour un appareil d’IRM, qui doit comporter une certaine quantité d'hélium pour fonctionner, il n'est donc pas substituable à ma connaissance. Toutefois, les technologies évoluent et la quantité d'hélium par appareil est en diminution importante au cours du temps. Les anciens appareils pouvaient contenir de 1500 jusqu’à 2000 litres d'hélium. Pour les machines actuelles, on est davantage de l'ordre de quelques centaines de litres, et des appareils avec un contenu inférieur à 100 litres existent déjà sur le marché : les besoins vont aller en diminuant, probablement même assez rapidement. »

Prix élevés, mais pas de rupture d’approvisionnement

La technologie s’adapte donc à un rythme soutenu et pourrait à terme permettre d’affranchir les hôpitaux de cette denrée. Un signal chaleureusement accueilli par les hôpitaux belges : à 35 euros le litre (2023), un modèle traditionnel de machine d’IRM pouvait donc coûter 70.000 euros à remplir. Multipliez ce coût par les 139 machines que comptaient le Royaume en 2024… « Il est à noter qu'en conditions normales, un appareil d'IRM ne consomme pas d'hélium, son contenu reste quasiment constant », relativise le Pr Nicaise.

« Un remplissage complet de la machine, en dehors de son remplissage initial, est donc une opération rare, qui ne survient que dans des circonstances exceptionnelles. Le problème de l'arrêt d'un appareil par manque d'hélium ne se poserait que dans la situation où on aurait dû le vider pour une quelconque raison, et que l'on ne parviendrait pas à le remplir à nouveau du fait d'une rupture d'approvisionnement. C'est un événement dont la probabilité est assez faible, il faudrait beaucoup de malchance pour qu'il se produise simultanément sur plusieurs appareils dans la même zone géographique. » Et de rassurer : « Objectivement, il n'y a aucune rupture d'approvisionnement ni avérée ni annoncée. Simplement, les prix sont élevés. » La situation dans le détroit d’Ormuz ne devrait donc pas, à court terme, avoir d’impact sur la disponibilité des créneaux pour les examens d’IRM, estime le radiologue.

Quelles sont les perspectives pour l'IRM ?

IRM MRI Philips
À gauche, une machine d'IRM classique, remplie de 1.500 à 2.000 litres d'hélium liquide. À droite, la nouvelle machine d'IRM développée par Philips Medical, qui ne demande que sept litres d'hélium liquide pour refroidir les aimants.

Malgré la gravité du problème de la pénurie d’hélium, il y a des lueurs d'espoir, notamment au vu des progrès considérables accomplis en quelques décennies seulement dans l’utilisation de l’hélium pour l’IRM. Par exemple, les premiers systèmes d’IRM commerciaux nécessitaient un réapprovisionnement en hélium tous les mois. Peu après, des modèles plus efficaces ont été introduits, capables de fonctionner deux à trois mois sans recharge. Aujourd’hui, les appareils d’IRM peuvent fonctionner deux à trois ans sans devoir être réapprovisionnés en hélium.

En Suisse et en Allemagne, Philips Medical a commencé à déployer un nouveau modèle d'IRM qui ne nécessite que sept litres d’hélium, soit nettement moins que les 2.000 litres requis par l'aimant classique. Cette petite quantité d’hélium liquide est placée dans l’aimant et entièrement scellée pendant la fabrication, pour enfermer le précieux gaz pour le reste de sa vie. Aucun hélium liquide ne peut s’échapper. Cela réduit les longues interruptions potentielles en raison des problèmes d’hélium et élimine les coûts de remplissage d’hélium pendant la durée de vie de l’aimant. 

General Electric Healthcare travaillerait également sur un système sans hélium, mais celui-ci n’est pas encore commercialisé, selon les dernières informations.

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