Recherche clinique

UNamur / CHU UCL Namur

Covid long: une étude décrypte le mécanisme à l’origine des douleurs

Une équipe de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Namur (UNamur) et du CHU UCL Namur (site Godinne) vient de publier une étude dans le journal Acta Neuropathologica, qui perce quelques mystères sur la provenance des douleurs ressenties par les patients atteints de covid long. Leur découverte met en évidence que ces symptômes douloureux peuvent être médiés par une réponse auto-immune.

La rédaction - 30 avril 2026

ganglions moelle épinière souris
Ganglions de moelle épinière chez les souris.

Les patients victimes d'un covid long produisent des anticorps qui attaquent leurs propres neurones - ceux responsables de la perception de la douleur et de la sensibilité profonde du corps -, situés le long de la colonne vertébrale.

Les résultats très prometteurs de cette étude "constituent une avancée scientifique majeure qui ouvre des pistes pour mieux reconnaître la maladie et, à terme, mettre au point un traitement ciblant la symptomatologie douloureuse du covid long", explique le CHU UCL Namur par voie de communiqué.

13 patients de Godinne inclus dans l'étude

Margaux Mignolet & Pr Charles NicaiseDepuis 2022, l’équipe du Pr Charles Nicaise (Unité de Recherche en Physiologie Moléculaire - Institut NARILIS - UNamur), avec notamment le travail de Margaux Mignolet chercheuse et doctorante FRIA, planche sur une dérégulation immunitaire survenant lors de l’infection aiguë au covid, et conduisant à la production d’auto-anticorps dirigés contre des composants du système nerveux.

Une collaboration s’est nouée entre l’équipe de l’UNamur et celle du Pr Pierre Bulpa, des soins intensifs du CHU UCL Namur - site Godinne: des patients souffrant de covid long ont été recrutés sous la coordination du Pr Bulpa et de Catherine Deroux, neuropsychologue à la Clinique de la Mémoire. 13 patients dont les symptômes étaient évocateurs de neuro-covid long et objectivés par des tests portant sur leurs plaintes cognitives et douloureuses ont été inclus dans l'étude.

Plusieurs découvertes majeures

Après prélèvement sanguin, les chercheurs ont isolé leurs immunoglobulines de type G (IgG) et étudié leurs effets dans un modèle de souris de transfert passif, au sein du laboratoire LNR du Pr Charles Nicaise.

Découvrez tous les détails de cette étude

Pr Pierre Bulpa CHU UCL Namur
Le Pr Pierre Bulpa, des soins intensifs du CHU UCL Namur (site Godinne).

Les animaux ont été soumis à une batterie de tests comportementaux évaluant notamment les seuils de sensibilité à la douleur, ainsi que d’autres troubles d’ordre cognitif, anxieux ou dépressif.

Plusieurs découvertes majeures ont été observées :

  • Transfert d’IgG et douleur : après transfert des IgG de patients, les souris développent une hypersensibilité douloureuse, notamment une allodynie mécanique - c’est-à-dire qu’un stimulus tactile habituellement non douloureux devient douloureux -, ainsi qu’une hyperalgésie thermique (un stimulus chaud ou froid inconfortable devient très douloureux).
  • Spécificité de l’effet : le transfert de ces IgG chez la souris de laboratoire n’induit pas de troubles cognitifs (ex : mémoire), anxieux ou dépressifs, suggérant des mécanismes distincts selon les symptômes.
  • Preuve de causalité : lorsque les anticorps sont détruits avant injection, ou lorsque du sérum auquel on a retiré les IgG est injecté, l’effet douloureux disparaît.
  • Cible des auto-anticorps : les IgG se fixent au niveau des ganglions spinaux, le long de la colonne vertébrale, structures qui contiennent des neurones sensitifs assurant le relais par exemple entre la peau et le cerveau. Les auto-anticorps reconnaissent des neurones périphériques impliqués dans la douleur (nociception) et la perception de la position du corps ou de la sensibilité profonde (proprioception).

"Nous sommes le deuxième groupe dans le monde, après l’UMC Utrecht à quelques semaines d’intervalle, à montrer que les symptômes douloureux chez les patients covid long sont médiés par une réaction auto-immune, basée sur la présence d’auto-anticorps de type immunoglobuline G", résume le Pr Nicaise. D’autres travaux menés indépendamment à Yale University ou au King’s College London sont en cours d’évaluation par les pairs et semblent aller dans le même sens.

Perspectives thérapeutiques

"Ces résultats contribuent à objectiver une partie du covid long en apportant des bases biologiques à la composante douloureuse", conclut le CHU UCL Namur. "Ils ouvrent des pistes thérapeutiques visant à identifier puis éliminer les auto-anticorps pathogéniques circulants, par exemple via des approches de type plasmaphérèse (filtration du plasma) ou des thérapies ciblées à base d’anti-anticorps."

L’étude suggère en revanche que les troubles cognitifs souvent rapportés relèveraient d’autres mécanismes, encore à élucider.

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