Nitrites, nitrates, sulfites, sorbates...
Conservateurs : deux études montrent un risque accru de cancer et de diabète
Une consommation plus élevée d’additifs alimentaires conservateurs - largement utilisés dans les aliments et boissons transformés industriellement pour prolonger leur conservation - est associée à une augmentation du risque de cancer et de diabète de type 2, montrent deux études françaises publiées ce jeudi.
En bref
Deux études françaises menées à partir de la cohorte NutriNet-Santé (plus de 100.000 adultes) montrent qu’une consommation élevée d’additifs alimentaires est associée à une augmentation du risque de cancer et de diabète de type 2. Publiées dans The BMJ et Nature Communications, elles rapportent un risque accru de cancer global et du sein avec les conservateurs non antioxydants, et de diabète de type 2 avec les conservateurs non antioxydants et antioxydants. Parmi 17 substances analysées, plusieurs (sorbates, sulfites, nitrites, nitrates, acétates, érythorbates) sont associées aux deux pathologies. Ces résultats soutiennent les recommandations de limiter les aliments ultra-transformés.
Sous l'égide de l'Inserm
Les résultats de ces deux études sont issus de travaux menés par des chercheurs de l’Inserm, d’INRAE, de l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Université Paris Cité et du Cnam, au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren).
Ils reposent sur les données de santé et de consommation alimentaire de plus de 100.000 adultes participants à l’étude de cohorte NutriNet-Santé. Les résultats font l’objet de deux publications distinctes : l’une dans The British Medical Journal, l’autre dans la revue Nature Communications.
« Ces travaux justifient une fois de plus les recommandations du Programme national nutrition santé de privilégier les aliments frais et peu transformés, et de limiter autant que possible les additifs superflus. »
- Mathilde Touvier (Inserm)
Codes E200 à E399 sur les emballages
Dans la famille des additifs alimentaires, les conservateurs sont largement utilisés par l’industrie agroalimentaire. Ainsi rappelle l'Inserm, "parmi les 3,5 millions d’aliments et boissons répertoriés dans la base de données Open Food Facts World en 2024, plus de 700.000 contiennent au moins une de ces substances".
L'équipe Cress-Eren les a regroupés en deux catégories : les non-antioxydants (qui inhibent la croissance microbienne ou ralentissent les changements chimiques conduisant à la détérioration des aliments) et les antioxydants (qui retardent ou empêchent la détérioration des aliments en éliminant ou en limitant les niveaux d’oxygène dans les emballages). Sur les emballages, ils correspondent généralement aux codes E200 à E299 (pour les conservateurs au sens strict) et entre E300 et E399 (pour les additifs antioxydants).
17 additifs en lien avec les deux pathologies étudiées
Si des études expérimentales ont suggéré que certains conservateurs peuvent endommager les cellules et l’ADN, le lien entre additifs et risque de cancer ou de diabète de type 2 n'est pas strictement établi. Une équipe de recherche dirigée par Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm, a entrepris d’examiner les liens entre l’exposition à ces conservateurs et le risque de cancer d’une part, et de diabète de type 2 d’autre part, en s'appuyant sur les données de la cohorte NutriNet-Santé.
Au-delà des sommes globales de conservateurs (58 détectés au total), 17 substances ont pu être analysées individuellement en lien avec les pathologies étudiées. Les analyses ont tenu compte des profils socio-démographiques des participants, de leur consommation de tabac et d’alcool, de la qualité nutritionnelle de leur régime alimentaire (calories, sucre, sel, graisses saturées, fibres…) et de multiples autres facteurs qui auraient été susceptibles de biaiser les associations étudiées.
Un risque accru de cancer (BMJ)
Parmi les 105.260 participants à l'étude (entre 2009 et 2023), 4.226 ont reçu un diagnostic de cancer, dont 1.208 cancers du sein, 508 cancers de la prostate, 352 cancers colorectaux et 2.158 autres cancers. La consommation totale de conservateurs de type non-antioxydants était associée à une incidence accrue de cancer global, et de cancer du sein spécifiquement (étude BMJ).
Sur les 17 conservateurs, 11 n’étaient pas associés à l’incidence de cancer, mais une consommation plus élevée de plusieurs conservateurs (principalement non antioxydants) était associée à un risque plus élevé de cancer par rapport aux plus faibles consommations, dont :
- Les sorbates, en particulier le sorbate de potassium, étaient associés à une augmentation de 14% du risque global de cancer et à une augmentation de 26% du risque de cancer du sein ;
- Les sulfites: augmentation de 12% du risque global de cancer (le métabisulfite de potassium était associé à une incidence accrue de 11% de cancer au global et 20% de cancer du sein) ;
- Le nitrite de sodium: augmentation de 32% du risque de cancer de la prostate ;
- Le nitrate de potassium: augmentation du risque de cancer en général (13%) et de cancer du sein (22%) ;
- Les acétates: augmentation du risque de cancer en général (15%) et de cancer du sein (25%) ;
- L’acide acétique: augmentation de 12% du risque de cancer en général.
- Les conservateurs antioxydants: les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium se sont avérés associés à une incidence plus élevée de cancer au global (12%) et du sein (21%).
Selon plusieurs études expérimentales, certains de ces composés pourraient altérer les voies immunitaires et inflammatoires, ce qui pourrait déclencher le développement d’un cancer.
Un risque accru de diabète de type 2 (Nature)
Entre 2009 et 2023, 1.131 cas de diabète de type 2 (DT2) ont été identifiés parmi les participants. Des consommations plus élevées d’additifs conservateurs au global, de conservateurs non antioxydants et d’additifs antioxydants étaient associées à une incidence accrue de diabète de type 2, respectivement de 47%, 49% et 40%, comparé aux plus faibles niveaux de consommation (étude Nature Communications).
Sur les 17 conservateurs étudiés individuellement, une consommation plus élevée de 12 d’entre eux était associée à un risque accru de DT2 : des conservateurs alimentaires non antioxydants largement utilisés - sorbate de potassium (E202), métabisulfite de potassium (E224), nitrite de sodium (E250), acide acétique (E260), acétates de sodium (E262) et propionate de calcium (E282) - et des additifs antioxydants : ascorbate de sodium (E301), alpha-tocophérol (E307), érythorbate de sodium (E316), acide citrique (E330), acide phosphorique (E338) et extraits de romarin (E392).