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Concentration des soins

Les Pays-Bas centralisent les soins oncologiques à Utrecht

Depuis 2024, l’Utrecht Science Park abrite, sur à peine un kilomètre carré, une combinaison unique d’institutions du savoir, d’hôpitaux (académiques) et d’entreprises réunis au sein de l'Utrecht Cancer. Plus de 1.200 chercheurs y travaillent.

Jan Henk van der Velden
Jan Henk van der Velden: "Nous rassemblons la recherche et l'enseignement." © Merel Tuk

À la périphérie de la ville d’Utrecht se trouve l’Utrecht Science Park. À l’origine, seule l’université y était implantée. Désormais, le campus accueille aussi six hôpitaux et plusieurs start-ups. « Avec 31.000 employés, 55.000 étudiants, six hôpitaux, trois centres de connaissance et 17 autres institutions et organisations, nous sommes le plus grand parc scientifique des Pays-Bas », explique le directeur général, Jan Henk van der Velden. « Nous rassemblons la recherche, l’enseignement et les soins. »

L’un des moteurs de l’Utrecht Science Park est l'Utrecht Cancer, où presque toute l’expertise oncologique spécialisée des Pays-Bas est rassemblée depuis 2024. « Depuis 2008, le cancer est la principale cause de mortalité aux Pays-Bas », souligne la Pre Elsken van der Wall. Oncologue, elle préside le programme stratégique sur le cancer de l’UMC Utrecht et a été, en 2024, l’une des initiatrices de la création de l'Utrecht Cancer.

"Brains & facilities"

Elsken van der Wal
Pre Elsken van der Wall : « Parce que les acteurs sont ici physiquement très proches les uns des autres, ils se retrouvent facilement. » © Merel Tuk

L’objectif de l'Utrecht Cancer était clair dès le départ : rassembler autant d’expertise que possible (« brains & facilities ») afin d'optimaliser la recherche et l’innovation contre le cancer. « Les acteurs se retrouvent facilement, ce qui favorise les interactions transversales. La proximité physique reste un facteur important, même dans un monde numérique. »

Bien que l'Utrecht Cancer n’ait officiellement vu le jour qu’en 2024, la tradition de collaboration entre l’UMC Utrecht et les entreprises commerciales présentes sur le campus remonte à bien plus longtemps. Exemple, l’IRM-Linac. « Quiconque travaille avec une IRM sait que le déplacement des organes dans le corps peut poser problème », explique Van der Wall. « Avec Elekta et Philips, nous avons entamé dès 1999 le développement d’un appareil combinant un accélérateur de radiothérapie et un scanner IRM diagnostique. En 2009, nous avons présenté le premier prototype de l’IRM-Linac. De nouveaux prototypes ont suivi en 2012 et 2014, et à l’été 2018, nous avons mis en service le premier IRM-Linac. Aujourd’hui, l’appareil est utilisé dans 98 centres oncologiques à travers le monde. Grâce à cet outil, nous devons moins souvent opérer les cancers de la prostate. Moins de “chirurgie” signifie aussi moins d’effets secondaires, comme l’incontinence et l’impuissance. »

Pédiatrie oncologique

Prinses Máxima Centrum
Le Centre Princesse Máxima. © Merel Tuk

Moteur essentiel de l’Utrecht Cancer, le Centre Princesse Máxima pour l’oncologie pédiatrique. Par le passé, les Pays-Bas comptaient six hôpitaux répartis sur le territoire où les enfants atteints de cancer pouvaient être pris en charge. À l’initiative même des hôpitaux, l’oncologie pédiatrique a été centralisée pour l’ensemble du pays au sein du Centre Princesse Máxima inauguré en 2018.

Cette centralisation sur un seul site - relativement central - impacte les familles des jeunes patients: « Ils ont été activement associés à la construction. Des chambres ont, par exemple, été prévues pour permettre aux proches de séjourner sur place, avec une liaison directe vers la chambre de l'enfant. C’est le meilleur hôpital où l’on ne souhaite pas être », sourit Mme Van der Wall.

prof. dr. Eelco Hoving
Pr Eelco Hoving: "Avant, nous ne connaissions pas la nature de la tumeur avant de démarrer l'intervention." © Merel Tuk

Le séquençage Nanopore

Au Centre Princesse Máxima, nous rencontrons les Prs Eelco Hoving et Jeroen de Ridder. Le premier est neurochirurgien pédiatrique et directeur clinique du service de neuro-oncologie, le second est chercheur principal en bio-informatique. Ensemble, ils ont développé une nouvelle technologie: le séquençage Nanopore, destiné à optimaliser les interventions de tumeurs cérébrales. « Un véritable game changer en chirurgie oncologique. »

« Tous les enfants atteints d’une tumeur cérébrale viennent dans notre hôpital pour y être traités », explique Hoving. « Cela représente deux à trois cas par semaine. Par le passé, nous ne savions pas toujours, avant le début de l’intervention, de quel type de tumeur il s’agissait. Il en existe environ 80 différentes. À Heidelberg, un système avait été mis au point pour identifier le type de tumeur, mais il fallait attendre quatre jours pour obtenir le résultat. »

prof. dr. ir. Jeroen de Ridder
Pr Jeroen de Ridder: "Dans 12% des opérations, la stratégie est modifiée."  © Merel Tuk

« Le séquençage Nanopore est une technologie permettant de lire l’ADN en temps réel », enchaîne M. De Ridder. « Grâce à un algorithme entraîné par l’IA, nous pouvons identifier le type de tumeur en 20 à 40 minutes à partir d’une quantité relativement limitée de matériel. Dans 87% des cas, l’algorithme fournit un diagnostic correct ; dans les 13% restants, aucun diagnostic n’est posé parce qu’il s’agit d’une tumeur extrêmement rare. Ce court laps de temps entre la remise de l’échantillon tumoral et le résultat permet d’adapter immédiatement la stratégie chirurgicale au type de tumeur. Dans 12% des interventions, la stratégie est effectivement modifiée. »

La technologie est aussi applicable chez les adultes. « Son importance est toutefois plus grande en neuro-oncologie pédiatrique car il existe chez l’enfant une grande diversité de tumeurs », précise le Pr Hoving. « La technique est relativement peu coûteuse, ce qui ouvre des perspectives pour les pays plus pauvres. On y compte généralement davantage d’enfants et, par conséquent, plus de tumeurs pédiatriques. »

« Le développement de cette technique est une conséquence directe de la collaboration rendue possible par la présence de divers acteurs au sein de l’Utrecht Science Park », ajoute le Pr De Ridder. « On y trouve une concentration de connaissances et de patients, ainsi que de personnes désireuses de collaborer. »

Pas de cancer chez l'éléphants ni le rat-taupe aveugle

dr. Maurice Zandvliet
Le Dr Maurice Zandvliet : "Certains chiens sont des 'canaris dans la mine' pour certaines formes de cancer."  © Merel Tuk

Surprenant, dans le cadre de la recherche oncologique: le rôle de la faculté de médecine vétérinaire. « Contrairement à ce qui se passe chez l’être humain, notre premier objectif n’est pas de guérir les animaux atteints de cancer, mais d’améliorer leur qualité de vie », explique le Dr Maurice Zandvliet, spécialiste européen en oncologie vétérinaire.

Le cancer chez les animaux n’a rien d’exceptionnel. « Un chien sur quatre et un chat sur trois seront confrontés, tôt ou tard, à un cancer », indique le Dr Zandvliet. « Chez le chien, environ la moitié des tumeurs sont malignes ; chez le chat, trois quarts. La recherche sur le cancer chez le chien est importante pour l’être humain. Certains chiens sont de véritables “canaris dans la mine” (lanceurs d'alerte, NdT) pour certaines formes de cancer chez l’homme. Ainsi, c’est d’abord chez l’animal que l’on a découvert que des virus pouvaient provoquer des cancers. Des recherches norvégiennes sur le cancer chez le berger allemand ont permis d’identifier des anomalies génétiques susceptibles de provoquer des cancers humains. »

Lorsqu’un chien est diagnostiqué avec un cancer des os, la prise en charge diffère de celle chez l’homme. « La patte est immédiatement amputée, avant même toute chimiothérapie », précise le Dr Zandvliet. « L’avantage est que la patte amputée contient encore des cellules cancéreuses vivantes. Ces cellules se prêtent mieux à la recherche que des cellules ayant subi une chimiothérapie et peuvent contribuer à améliorer les traitements chez les patients humains atteints de cancer. »

« Certains animaux, comme le rat-taupe aveugle et l’éléphant, ne développent pas de cancer. Les recherches menées sur ces espèces peuvent nous aider à trouver des solutions pour l’homme », conclut-il. 

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Écrit par Filip Ceulemans13 février 2026

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