OpinionMédecine du travail

Absentéisme de longue durée pour maladie : appel à la nuance

Le débat politique sur l’absentéisme de longue durée pour maladie se concentre sur les allocations et très peu sur la question des entrées [en maladie]. Pour ceux qui sont quotidiennement confrontés à l’incapacité de travail, que ce soit en tant que médecin traitant, médecin du travail ou médecin-conseil, cela donne l’impression d’une occasion manquée.

Dr Edelhart Kempeneers, médecin du travail et directeur général du service externe de prévention Attentia - 4 mai 2026

maladie arrêt de travail invaliditéLe gouvernement belge prépare des mesures pour contenir la hausse des coûts liés à l’incapacité de travail de longue durée. Un exercice similaire est en cours aux Pays-Bas: le cabinet Jetten souhaite réduire le montant maximal de l’allocation (WIA). Des débats comparables ont lieu en France, en Allemagne et en Scandinavie.

Agir sur l'entrée en maladie

Ce que les collègues néerlandais apportent au débat public vaut la peine d’être entendu chez nous également. Sur NRC (site d'infos hollandais), des médecins du travail tirent la sonnette d’alarme. La Pre Frederieke Schaafsma (Amsterdam UMC), professeure de médecine du travail et de santé au travail, l'affirme sans détour : les personnes malades ne vont pas guérir en diminuant l'allocation. À court terme, cela offrira un répit budgétaire, mais le véritable moteur des coûts - l’augmentation des nouvelles entrées en maladie - n'en sera pas, lui, affecté.

Madelijn de Kleine, vice-présidente de l’association professionnelle néerlandaise des médecins du travail, estime qu’environ trois quarts des absences de longue durée dues à des troubles psychiques pourraient être évitées grâce à une meilleure prévention et à une prise en charge psychologique plus rapide. Trois quarts. Un chiffre remarquable, mais n'importe quel médecin qui voit défiler des dossiers reconnaît le schéma : des mois de signaux non détectés, un contexte de travail qui joue un rôle déterminant et un système de soins qui réagit lentement.

Des chiffres structurels, en grande partie liés au travail

En Belgique, plus de 500.000 personnes sont en incapacité de travail de longue durée. Les troubles psychosociaux (37 à 38 %) en sont la cause principale, suivie par les affections musculo-squelettiques. Aux Pays-Bas, un quart des nouvelles entrées en maladie s’explique par des problèmes psychiques, avec une croissance marquée chez les jeunes femmes. Le parallèle n’est pas fortuit, il s’agit des mêmes forces structurelles : une population active vieillissante, des frontières de plus en plus floues entre vie professionnelle et vie privée, une charge mentale plus lourde suite à l’automatisation et des listes d’attente dans les soins de santé mentale.

Un constat évident pour les médecins ne ressort pas suffisamment du débat politique: au moins trois quarts de l’absentéisme pour raisons psychiques est en partie dû à des facteurs professionnels. Ce qui change la nature du débat : si la cause se situe en grande partie dans le contexte professionnel, n’agir que sur l’allocation n'est pas le bon levier, d’un point de vue médical.

Le rôle du médecin trop peu abordé 

Elément un peu gênant, bien discuté dans les milieux professionnels, mais rarement en public: les médecins traitants, les médecins du travail et les médecins-conseils travaillent plus souvent côte à côte qu’ensemble. Le médecin généraliste voit le patient et le certificat de maladie ; le médecin du travail voit le contexte professionnel lorsque la personne est déjà en incapacité ou risque de l’être ; le médecin-conseil intervient au stade de l’indemnisation. Trois regards médicaux sur un même dossier, avec trop peu de coordination. L’AR Réintégration 3.0, à partir de 2026, tente d’y remédier (notamment via la plateforme TRIO). C’est un pas en avant, mais son succès dépendra de bien plus que du seul développement d’une plateforme numérique.

Dr Edelhart Kempeneers - Attentia"Le débat sur l’incapacité de travail ne doit pas rester un débat budgétaire, il s’agit avant tout d’une question médicale et organisationnelle."

Clarifier notre rôle

Le débat politique suivra son cours. Des mesures au niveau des allocations verront le jour, sous une forme ou une autre, en Belgique comme aux Pays-Bas. Pour nous, médecins, il est plus important de clarifier notre propre rôle que de critiquer cette orientation. Trois constats qui, à mon sens, restent insuffisamment mis en lumière :

  • Un certificat médical est un instrument médical, pas un filet de sécurité sociale. Des prolongations routinières, sans visibilité sur le contexte de travail et sans concertation avec le médecin du travail, finissent par faire plus de mal que de bien, à commencer pour le patient lui-même.
  • Les signes précoces d’épuisement psychique sont souvent visibles en première ligne avant de conduire à une incapacité de travail. Il existe là une opportunité de prévention qui reste structurellement sous-exploitée, notamment parce que le médecin traitant est rarement impliqué dans le contexte professionnel.
  • Le débat sur la durée des allocations ne doit pas détourner notre groupe professionnel de ce qui est médicalement le plus urgent : reconnaître que l’incapacité de travail d’origine psychique est une affection liée au travail, et qu’une approche efficace nécessite une action collective - de l’employeur, du médecin traitant, du médecin du travail et du système de soins dans son ensemble.

En conclusion

Quelles que soient les décisions du législateur, le volume de personnes en incapacité de travail de longue durée ne diminuera pas par des règles d’indemnisation. Il diminuera lorsque les nouvelles entrées diminueront. Et ces entrées ne baisseront que si, en tant que groupe professionnel, nous ne restons pas en marge de cette problématique, mais bien en son cœur. Le débat sur l’incapacité de travail ne doit pas rester un débat budgétaire, il s’agit avant tout d’une question médicale et organisationnelle. En tant que médecins, nous pouvons le rendre visible en collaborant au-delà des cloisonnements et en prenant au sérieux le contexte de travail comme déterminant de la santé.

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