Gestion des déchets hospitaliers

La soutenabilité du système de santé belge « préoccupante »

Le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) s’est penché pour la première fois sur « l’empreinte écologique » de notre système de soins de santé. En gros, il y a du boulot à faire car la moitié des critères élaborés par le Centre ne sont pas rencontrés.

Nicolas de Pape - 21 avril 2026

Déchets hospitaliers

Ce rapport du KCE constitue une première tentative d’intégrer la dimension environnementale dans l’évaluation de la performance du système de santé belge. Jusqu’ici, cette évaluation reposait sur des critères classiques - qualité, accessibilité, efficience, équité ou résilience - mais la soutenabilité environnementale, pourtant identifiée depuis longtemps comme enjeu, n’avait jamais été mesurée concrètement dans notre pays.

Notre système de santé contribue à dégrader l’environnement

Le point de départ mérite d’être rappelé : le système de santé, bien que sauvant des milliers de vies, est lui-même un acteur de la dégradation environnementale. Il consomme des ressources, génère des émissions de gaz à effet de serre et produit des déchets. Or, ces impacts environnementaux ont des conséquences directes sur la santé (canicules, pollution, perte de biodiversité), créant un cercle paradoxal où le système censé soigner contribue aussi aux risques sanitaires.

Dans un contexte de transition climatique et d’engagements internationaux (notamment la neutralité carbone à l’horizon 2050), le secteur de la santé devra donc réduire drastiquement son empreinte. Le rapport vise dès lors deux objectifs : définir un cadre d’évaluation et mesurer, autant que possible, les impacts à l’aide d’indicateurs relativement neufs.

« Les données sont souvent incomplètes, hétérogènes ou basées sur des modèles, ce qui rend les résultats encore fragiles et parfois difficiles à comparer. »

Au total, 17 indicateurs répartis en sept thématiques (lire encadré) ont été retenus : empreinte globale, émissions atmosphériques, énergie et bâtiments, produits médicaux, alimentation, déchets et eau. Mais, et le KCE le regrette, les données sont souvent incomplètes, hétérogènes ou basées sur des modèles, ce qui rend les résultats encore fragiles et parfois difficiles à comparer.

Malgré ces précautions, plusieurs tendances lourdes émergent.

D’abord, l’empreinte globale du système est importante. Les soins de santé représentent environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre en Belgique, avec des niveaux par habitant parmi les plus élevés d’Europe. Plus de 80 % de ces émissions sont indirectes, liées notamment à la production de médicaments, aux infrastructures et aux services en amont.

La Wallonie en ligne de mire

Ensuite, la dépendance aux ressources est massive. L’empreinte matérielle atteint environ une tonne par habitant, largement liée aux infrastructures, aux transports et à l’alimentation (il s’agit de l’empreinte matérielle du système de santé par habitant, soit environ1 000 kg de matières premières mobilisées par personne et par an) pour faire fonctionner les soins de santé en Belgique. Une grande partie de ces ressources est importée, ce qui externalise l’impact environnemental hors de Belgique.

Les émissions atmosphériques directes (CO2, particules fines, gaz acidifiants, précurseurs d’ozone) apparaissent également préoccupantes, même si les comparaisons internationales restent peu fiables. Un élément marquant est la surperformance négative de la Wallonie, qui affiche systématiquement des niveaux plus élevés, probablement en raison de facteurs structurels comme les distances ou l’usage du mazout.

Les médicaments et dispositifs médicaux sont responsables d’une part importante des émissions. Certains progrès existent, comme la réduction de l’usage de gaz anesthésiants très polluants ou le recours à des inhalateurs moins émetteurs.

Sur le plan énergétique, le secteur reste fortement dépendant des énergies fossiles, qui représentent environ 76 % de sa consommation (rappelons que les hydrocarbures représentent environ 87 % de l’énergie primaire planétaire). La Belgique se situe nettement au-dessus des moyennes européennes, ce qui constitue un point critique. En revanche, un signal positif apparaît : près de 88 % des hôpitaux ont réalisé un audit énergétique, ce qui montre une prise de conscience.

Les produits médicaux constituent un autre levier majeur. Les médicaments et dispositifs sont responsables d’une part importante des émissions. Certains progrès existent, comme la réduction de l’usage de gaz anesthésiants très polluants ou le recours à des inhalateurs moins émetteurs. Mais des marges importantes subsistent, notamment en comparaison européenne.

16 kg par habitant en Flandre

Du côté des déchets, les volumes sont élevés (environ 16 kg par habitant en Flandre), avec une forte proportion incinérée, notamment les déchets médicaux. Les données restent cependant fragmentaires et peu comparables entre régions. Même constat pour l’alimentation et l’eau : les impacts existent mais sont encore mal documentés.

Au-delà des chiffres, le rapport insiste sur un point central : la soutenabilité passe aussi par le bon usage du système de soins. Réduire les actes inutiles, renforcer la prévention, améliorer l’efficience ou privilégier les soins ambulatoires permet de diminuer mécaniquement l’empreinte environnementale. Comme dirait l'autre, le soin le plus écologique reste celui qu’on évite...

Bilan global : peut mieux faire

Bon an mal an, le bilan global est jugé « préoccupant ». Sur 16 indicateurs évalués, la moitié sont dans le rouge, un seul est positif et plusieurs ne peuvent être interprétés faute de données fiables. Toutefois, le KCE nuance : la Belgique n’est pas nécessairement plus mauvaise que ses voisins, mais elle pourrait être plus rigoureuse dans sa mesure, ce qui pénalise sa position apparente.

Le rapport encore exploratoire à ce stade met en évidence l’urgence d’agir, tout en soulignant les lacunes en matière de données et de méthodologie. 

Recommandations

Le KCE émet donc comme à son habitude une série de recommandations : continuer à s’attaquer aux problèmes mis en lumière par les signaux d’alerte ; poursuivre la collecte et la mise à disposition de données de haute qualité et à harmoniser les méthodes utilisées entre les différentes régions; continuer à améliorer la disponibilité de données de haute qualité et à harmoniser les méthodes entre pays; continuer à développer des guides méthodologiques afin de renforcer la robustesse des études sur l’impact environnemental ; intégrer des indicateurs relatifs à la durabilité environnementale dans les rapports et réfléchir à une analyse plus globale, mettant en évidence les co‑bénéfices potentiels ainsi que les arbitrages possibles entre les différentes dimensions de la performance.

« L’analyse présentée dans ce rapport ne constitue qu’une première étape », conclut le KCE.  À l’avenir, il serait bénéfique de réfléchir aux liens entre les différentes dimensions de performance, de les expliciter et de mettre en évidence les co‑bénéfices potentiels ainsi que les arbitrages nécessaires. »

Les 7 thèmes de la soutenabilité environnementale retenus par le KCE :

-Empreinte environnementale globale (3 indicateurs)
-Émissions atmosphériques directes (2 indicateurs)
-Gestion des bâtiments et gestion énergétique (2 indicateurs)
-Produits médicaux à haute empreinte carbone (3 indicateurs)
-Alimentation durable (1 indicateur)
-Gestion des déchets et économie circulaire (2 indicateurs)
-Gestion des eaux (2 indicateurs)

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