Portrait
Dr François Terryn: du bloc opératoire à la street photo
À 15 ans, il développait ses photos argentiques noir et blanc dans la cave chez ses parents, à Bruxelles. À 50, il vient de participer à son premier concours photo… et d’en remporter l’un des prix ! Entre les deux, le Dr François Terryn est devenu chirurgien (UCLouvain) et s’est spécialisé en chirurgie abdominale, plus précisément en bariatrique. Le point commun entre les deux ? Une technique de haut vol et la maîtrise des outils, tant derrière son robot au bloc que derrière son boîtier photo.
Surtout, ne lui dites jamais : « Oui, mais toi, tu as un bel appareil, donc tu fais de belles photos ! » Cette petite phrase a le don de l’exaspérer, et il vous répondra du tac au tac que si vous prenez sa place derrière le robot chirurgical, cela ne fera pas de vous un chirurgien pour la cause (pas faux).
« Avant même d'utiliser la technique, il faut savoir où poser son regard », tempère le Dr François Terryn, chirurgien responsable de « Entre Poids et Moi », la Clinique de l’obésité du CHU UCL Namur, site Sainte-Elisabeth.
« Cela s'apprend aussi. Je fais des stages avec des maîtres en photo, et une des premières choses que j’ai apprises, c’est d’oser me rapprocher de mon sujet. C'est là que la photo est la meilleure: quand on y va, qu’on se met en face des gens. Mais j’ai un petit côté timide, donc je dois me battre contre moi-même... », glisse-t-il. « Alors, quand j'y arrive, je suis assez content. »
Entre psychiatrie et chirurgie
'Entre Poids et Moi', joli jeu de mots: « C'est toujours assez amusant de voir les noms des cliniques de l'obésité, ça révèle l'inventivité des gens ! », constate le Dr Terryn. Trois cliniques sont dédiées au poids au sein du CHU UCL Namur. Après avoir monté celle de Mont-Godinne en 2007, il a été appelé à Ste-Elisabeth pour en créer une également. Et il y est resté.
« J'ai fait mes études de médecine à Woluwe, puis j'ai épousé une Namuroise. Au départ, je voulais devenir psychiatre. Mais quand j'ai vu les cours, j'ai compris que je me trompais complètement ! », raconte le Dr Terryn. « En psychiatre, on aide les gens, on les soigne, mais c'est très rare de les guérir définitivement. Et ça, ça me frustrait très fort ! Je voulais une spécialité où l’on guérit les gens - ce qui est le cas en chirurgie. En outre, j'adorais l'anatomie. Certes, quand je fais un bypass à quelqu'un, il n'est pas guéri d'emblée et s’il ne joue pas le jeu par la suite, ça n'ira pas. Mais je trouve que c'est beaucoup plus gratifiant. Me dire que j'allais suivre les patients pendant 30 ans et qu'ils auraient toujours la même pathologie, ça me rendait fou », sourit-il.
Passionné de technique, il passe ses deux premières années de chirurgie à la Clinique Saint-Pierre à Ottignies, chez le Dr Bernard Majerus, un des pionniers de la chirurgie bariatrique: « C'est comme ça que j'ai commencé la chirurgie de l'obésité. »
Prix Christian Delwiche
Assumer, coller au plus près de son sujet pour mieux le capter, le cadrer et le partager à travers son regard, c’est ce qui a permis au Dr François Terryn de figurer parmi les lauréats du premier « Prix Christian Delwiche », du nom d’un photographe namurois passionné par sa ville, décédé accidentellement en mai dernier et à qui il est rendu hommage à travers ce concours.
"Parfois, on ramène de bons clichés car on a réussi à appuyer sur le bouton au bon moment. Et puis parfois, on rentre bredouille, mais ce n'est pas grave: on sait désormais où et quand la lumière est magnifique pour pouvoir y retourner."
- Dr François Terryn (CHU UCL Namur)
« Il fallait faire une photo de chacun des 12 vieux quartiers de Namur pendant les Fêtes de Wallonie », explique le chirurgien. « Beaucoup de gens ne les connaissent pas tous - même les vrais Namurois ! Pourtant, c'est passionnant de découvrir l'histoire de Namur et de ses quartiers. »
Notre médecin photographe a remporté le plus de voix pour deux quartiers, celui des Arsouilles et Saint-Loup. « Il se passe des choses non-stop pendant les Wallo, il fallait être au bon endroit au bon moment, et donc notamment à l'enterrement de l'Arsouille, une cérémonie folklorique passionnante à regarder. »
Namurois d’adoption depuis 20 ans (il habite près de l’hôpital), le chirurgien avoue avoir pris énormément de plaisir dans ce challenge : « C’était très gai, et génial de découvrir les Wallo encore plus de l’intérieur. Même si ça prend beaucoup de temps - il faut éditer toutes les photos ensuite... -, ça me conforte dans l'idée qu'il faut que je continue. » Des tirages des photos lauréates viennent d’être exposés pendant quelques semaines à l'église Saint-Jacques, au cœur de Namur.
Un apprentissage continu
Premier concours, premier prix, première expo… D’une longue série ? « J’adore partir au hasard, sans savoir si je trouverai quelque chose à photographier. Un peu comme le pêcheur qui part sans savoir s’il ramènera du poisson », sourit-il. « L’essentiel est d'aller faire de la photo. Parfois, on ramène de bons clichés, on a eu de la chance, on est passé sur un moment extraordinaire et on a réussi à appuyer sur le bouton au bon moment. Ça, c'est génial ! Et puis parfois, on rentre bredouille, mais ce n'est pas grave, ça fait partie de l'expérience. Et on sait désormais où et quand la lumière est magnifique pour pouvoir y retourner. C'est un apprentissage continu. »
Une focale de prédilection, à l’instar du 50mm de Doisneau et de Cartier-Bresson ? « Je collectionne les objectifs, je crois que... j'ai tout ! », s’enthousiasme-t-il. Et a-t-il des photographes ‘maîtres à penser’ (ou plutôt, 'à regarder') ? « Je suis des photographes comme Alan Schaller, Mark Finley ou Ovidiu Selaru sur Instagram. J’ai suivi un workshop à Paris avec Selaru, je pars deux jours en mai à Lisbonne, je pense que ce sera une ville intéressante pour la street photo. »
Arpenter la ville, boîtier en bandoulière, l'œil toujours aux aguets... L'ultime récompense du chirurgien après les nombreuses heures passées au bloc sans quasi ciller.
"Parfois, on ramène de bons clichés car on a réussi à appuyer sur le bouton au bon moment. Et puis parfois, on rentre bredouille, mais ce n'est pas grave: on sait désormais où et quand la lumière est magnifique pour pouvoir y retourner."