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120 ans de l'Institut de Médecine Tropicale

D'école de médecine tropicale à institution mondiale

L’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers fête ses 120 ans. Fondé à l’origine pour assurer le suivi médical des Belges dans la colonie, l’IMT est devenu une autorité mondiale dans le domaine des maladies tropicales. Le Dr Ludwig Apers a écrit un livre passionnant sur l’histoire de l’Institut.

Filip Ceulemans

Le coin de la Nationalestraat et de la Kronenburgstraat à Anvers est dominé par un imposant bâtiment de ce style Art nouveau typiquement belge. C’est le siège d’un symbole belge tout aussi emblématique, l’Institut de Médecine Tropicale. Bien que l’IMT et Anvers soient aujourd’hui indissociablement liés, l’histoire aurait aussi pu prendre une autre tournure.

En effet, lorsque l’Institut fut fondé en 1906, ce n’était pas à Anvers, mais dans un bâtiment public à Saint-Josse-ten-Noode. Le 15 octobre 1906 eut lieu le premier « Cours de préparation pour les médecins se destinant à la carrière coloniale » dans l’ancien Observatoire royal situé place Quetelet, à l’angle du boulevard du Jardin botanique et du boulevard Bischoffsheim. Les patients étaient accueillis dans ce qu’on appelait la Villa Coloniale à Watermael-Boitsfort. 

Opening ITG in Vorst
Inauguration de l'École de Médecine tropicale en 1906  © IMT

L'État indépendant du Congo

La création d’une école où les médecins et les infirmiers pourraient se former aux « maladies tropicales » fut une idée du roi Léopold II. Il constata que les compatriotes qu’il envoyait dans l’État indépendant du Congo entraient en contact avec des maladies inconnues, souvent avec une issue fatale. Pour réduire le nombre de décès, les médecins et infirmiers belges devaient apprendre à connaître ces maladies et, si possible, à les traiter.

Fait remarquable : durant les premières années de son existence, l’Institut de Médecine Tropicale ne dépendait pas du ministère de la Santé publique, mais du ministère des Colonies. C’est auprès de ce ministère qu’Alphonse Broden, le premier à porter le titre de directeur de l’École de Médecine Tropicale, s’adresse en 1912 pour obtenir l’autorisation de déménager vers des locaux plus vastes. Il souhaite également réunir sous un même toit les trois piliers de l’institut : l’enseignement, la clinique et la recherche scientifique. Ce toit sera un château situé dans le parc Duden à Forest.

Le fait que l’IMT s’installe finalement à Anvers en 1933 est en partie dû au prince Léopold, le futur roi Léopold III. Cela explique pourquoi son buste se trouve encore aujourd’hui dans la cage d’escalier de l’IMT. Les bustes de Léopold Iᵉʳ et de Léopold II ont été déplacés de la cage d’escalier vers un dépôt en 2003. Il est surtout remarquable que le buste du controversé roi Léopold II ait pu rester si longtemps dans un institut qui porte souvent son attention sur l’Afrique.

Indépendance

Lors du déménagement à Anvers, l’École de Médecine Tropicale fut rebaptisée Institut Prince Léopold de Médecine Tropicale, auquel était associée la Clinique Léopold II. Pendant longtemps, l’IMT resta surtout un institut de formation pour les personnes se rendant sous les tropiques et un hôpital où les personnes revenant malades des tropiques pouvaient être soignées.

L’indépendance du Congo en 1960 obligea l’institut à changer d’orientation. On ne formait plus des coloniaux, mais des coopérants au développement. Trois ans plus tard, la médecine vétérinaire tropicale fut également intégrée à l’offre de formation. Il est d'ailleurs surprenant que la médecine vétérinaire n’ait pas été introduite plus tôt, étant donné qu’Eugène Meuleman, docteur en médecine vétérinaire, faisait déjà partie des premiers enseignants de l’institut en 1906.

Bien que la recherche scientifique ait toujours été l’un des piliers de l’IMT, cet aspect prit une importance croissante après l’indépendance du Congo. À partir des années 1970 surtout, les scientifiques de l’IMT mènent souvent leurs recherches dans les pays en développement. La collaboration avec des chercheurs, des institutions et des autorités locales y est cruciale. Cela fait que l’on ne se contente plus de traiter les maladies (et, lorsque c’est possible, de les prévenir), mais que l’on prête aussi attention aux facteurs socio-économiques susceptibles de favoriser ou de freiner les maladies tropicales. 

Alphonse Broden
Dr Alphonse Broden  © IMT

Bien que la recherche scientifique ait toujours été l’un des piliers de l’IMT, cet aspect a pris une importance croissante après l’indépendance du Congo.

Sœurs missionnaires

Pour la construction de son livre, Ludwig Apers n’opte pas pour une structure purement chronologique. Il guide le lecteur à travers le bâtiment, d’une pièce à l’autre, d’une bibliothèque à un laboratoire. Chaque espace apporte ses propres histoires et offre à Ludwig Apers la possibilité de s’attarder sur des moments et des figures marquants de l’histoire de l’IMT.

Certains récits montrent pourquoi il y avait, au début du siècle dernier, un besoin d’une école de médecine tropicale. En 1892, donc bien avant qu’il soit question d’un institut de médecine tropicale, sœur Marie-Godelieve Ryckebusch, âgée de 21 ans, part pour la colonie royale, non pas pour y soigner des patients, mais pour « gagner des âmes ». Les lettres qu’elle envoie à sa famille offrent toutefois un aperçu unique de la vie au Congo et des maladies auxquelles elle est confrontée. Quatre ans après son arrivée au Congo, elle meurt, probablement des suites du paludisme.

Ebola

Peter Piot et Guido van der Groen, les « découvreurs » du virus Ebola, sont deux figures qu’on ne peut ignorer. Ludwig Apers ne commence toutefois pas le récit d’Ebola avec les scientifiques de l’IMT, mais avec sœur Myriam, une religieuse missionnaire des Sœurs du Sacré-Cœur de Marie, qui travaille comme infirmière au poste de mission de Yambuku.

En septembre 1976, une bouteille thermos bleue arrive à l’IMT, contenant des échantillons de sang de sœur Myriam, décédée peu auparavant d’une maladie inconnue. Dans une note d’accompagnement, le Dr Jacques Courteille écrit que la maladie lui fait penser à la fièvre jaune ou au typhus. Il y a déjà eu des centaines de morts, toujours après une brève évolution de la maladie avec forte fièvre et hémorragies internes. Sachant aujourd’hui de quel virus il s’agissait, il est quelque peu hallucinant de lire comment la sécurité était gérée à ce moment-là. La bouteille thermos était arrivée de Kinshasa à Zaventem par un vol de la SABENA et avait été apportée en mains propres à l’IMT par le pilote. À l’IMT, le Dr van der Groen portait une blouse de laboratoire et des gants, mais cela s’arrêtait là. Selon ses propres dires, il ne prenait pas davantage de précautions que s’il « épluchait des pommes de terre ou nettoyait des moules ». 

Guido van der Groen
Guido van der Groen à l'Hôpital de Ngaliema  © IMT

Origine africaine

Le nom de Peter Piot restera à jamais associé non seulement à Ebola – le livre explique également comment le virus a reçu le nom d’Ebola et non celui de Yambuku – mais aussi à la lutte contre le VIH et le sida. Il y est épaulé par Bob Colebunders, qui a fait de la recherche d’un traitement l’œuvre de sa vie.

On remarque qu’Apers accorde dans son livre une grande attention aux femmes, dans ce qui était – surtout au début – un monde très masculin. Les premières femmes médecins tropicalistes sont les sœurs Jeanne et Marguerite Clevers, diplômées respectivement en 1922 et 1925. Marguerite réussit avec une note de 72 % et fit ainsi mieux que ses dix-huit condisciples masculins. Après leurs études, les deux sœurs partirent pour le Congo belge, où elles devinrent actives au laboratoire provincial de Stanleyville.

Le nom de Pasteur Kageruka ne vous dira peut-être pas grand-chose. Ce vétérinaire rwandais devient en 1965 le premier professeur d’origine africaine à l’IMT. Durant les premières années, il mène surtout des recherches sur les maladies des animaux hébergés au zoo d’Anvers. Rien d’étonnant, puisque le département de médecine vétérinaire de l’IMT était alors encore installé dans le zoo. Mais il se spécialise rapidement dans la maladie du sommeil chez les animaux. Il restera finalement attaché à l’IMT pendant 33 ans.

Ludwig Apers - ITG
L'auteur Dr Ludwig Apers  © IMT

>> Ludwig Apers, Het Instituut voor Tropische geneeskunde. Van tropenschool tot wereldinstelling, Uitgeverij Manteau, 288 blz., 29,99 euro (également paru en anglais).

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Écrit par Filip Ceulemans11 mars 2026
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