Santé mentale

Psychiatrie d'urgence de proximité: le déploiement national progresse

Treize des 21 réseaux de santé mentale pour adultes ont déjà démarré des interventions dans le cadre du projet national de psychiatrie d'urgence de proximité, inspiré du dispositif bruxellois EMUT (Équipe Mobile d'Urgence), a indiqué lundi François Wyngaerden, expert au SPF Santé publique en charge de la psychiatrie d'urgence. Un an après le lancement de l'appel à projets, le déploiement progresse dans la majorité des réseaux du pays.

EMUT-project gaat nationaalLe projet EMUT, lancé à Bruxelles en novembre 2023, permet à des professionnels de la santé mentale d'intervenir, en appui de la police, lors de situations de crise psychiatrique aiguë. Ces équipes évaluent la situation sur le terrain, privilégient la désescalade et orientent les personnes vers la prise en charge la plus adaptée, en favorisant des alternatives humaines aux hospitalisations sous contrainte.

Déploiement national

Quintin, Close en Vandenbroucke
Les ministres Quintin et Vandenbroucke aux côtés du bourgmestre Philippe Close au lancement de EMUT au niveau national © Belga

Fort de cette expérience, le gouvernement fédéral a décidé d'étendre le dispositif à l'ensemble du pays à travers le projet "Psychiatrie d'urgence de proximité", doté d'un financement global de 26,8 millions d'euros. L'objectif est d'offrir une réponse plus rapide, plus coordonnée et mieux intégrée aux crises psychiatriques, en lien avec les réseaux de santé mentale existants.

Sur les 21 réseaux de santé mentale pour adultes que compte la Belgique, 13 ont déjà démarré des interventions, soit sur l'ensemble de leur territoire, soit dans des zones pilotes. Sept autres réseaux prévoient un démarrage effectif au cours du premier semestre 2026, tandis que les discussions sont toujours en cours pour un dernier réseau.

Les réseaux engagés mènent un important travail de réorganisation, avec des recrutements complémentaires, la mise en place de lignes téléphoniques centralisées et l'extension progressive des horaires d'accessibilité, avec pour objectif une couverture de 08h00 à 23h00, sept jours sur sept. Au-delà de la police, les médecins généralistes et les services d'urgence peuvent également faire appel aux équipes mobiles.

"Tout est parti d'un policier qui a dit : je ne suis pas psy, je ne suis pas infirmier, ni médecin", a rappelé le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close (PS). "On s'est alors mis autour de la table avec le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit), les hôpitaux Saint-Pierre, Brugmann et Saint-Luc, ainsi que plusieurs zones de police. Il fallait associer les expériences de terrain, s'écouter et apprendre les uns des autres."

Des interventions pour détresse mentale en hausse

Le dispositif repose sur une collaboration étroite entre les services de police et les équipes mobiles de crise issues du réseau de santé mentale bruxellois. "Nous savions que nous pouvions transmettre notre 'know-how' aux policiers, notamment dans le cadre des CPVS. Il fallait approfondir les collaborations entre nos différents métiers", explique Michelle Dusart, de la direction médicale de l'hôpital Saint-Pierre.

Concrètement, lorsqu'une situation de détresse psychique est signalée, la police peut contacter une ligne dédiée. Un triage téléphonique est alors effectué conjointement afin d'évaluer la situation et de déterminer la réponse la plus appropriée : intervention immédiate, orientation vers un autre service ou accompagnement différé. "Le nombre d'interventions policières liées à la détresse mentale a fortement augmenté ces dernières années. Avec cette approche intégrée, la police n'est plus seule face à des situations complexes et particulièrement vulnérables", souligne Bernard Quintin (MR), ministre de la Sécurité et de l'Intérieur.

Lorsque l'intervention est jugée nécessaire, l'équipe se rend sur place, à domicile, dans l'espace public ou dans un commissariat. "Notre outil le plus précieux, c'est le temps. On fait tout pour respecter la temporalité du patient. On prend un café, on discute. La désescalade commence par là", explique Dorothy Chand, intervenante mobile EMUT.

Sur le terrain, les professionnels évaluent la situation clinique, cherchent à désamorcer la crise et orientent la personne vers la prise en charge la plus adaptée, en collaboration avec les acteurs du réseau de santé mentale. L'objectif est de favoriser des solutions de proximité et d'éviter, lorsque cela est possible, un recours aux urgences hospitalières ou à des mesures de contrainte. "Vingt-sept pour cent des personnes placées à l'isolement à l'hôpital gardent un traumatisme durable. Il faut gérer les crises autrement, pour éviter d'en arriver là", rappelle le psychiatre Charles-Antoine Sibille, chef de service au CHU Saint-Pierre.

Les mots pour percuter et l'empathie pour calmer

Du point de vue des personnes concernées, l'enjeu est majeur. Nadia Mahjoub, qui a connu plusieurs hospitalisations psychiatriques, souligne que "les mesures de contrainte sont profondément traumatisantes" et estime que "plus le premier contact est calme et humain, plus le risque d'escalade diminue". Pour les proches, l'approche est également déterminante. "Même en état de crise, les mots percutent et l'empathie calme. L'orientation systématique vers les urgences peut être vécue comme une agression", souligne Danielle Rousseau.

Selon Mathyas Vander Motten, des Cliniques universitaires Saint-Luc, EMUT permet aussi de toucher un public éloigné des soins. "C'est un moyen de donner accès à la psychiatrie à des personnes qui, sans cela, n'entreraient pas dans un parcours de soins. Grâce à la désescalade, on peut plus facilement inscrire un patient dans un suivi thérapeutique."
Après la désescalade, les difficultés subsistent toutefois pour l'accès à l'hospitalisation, avec des délais pouvant aller de plusieurs semaines à plusieurs mois à Bruxelles, voire jusqu'à un an pour une communauté thérapeutique. "La réponse n'est pas toujours un lit, surtout en situation de crise", répond le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. "Grâce à EMUT, on cherche la solution la mieux adaptée à la personne. Nous avons aussi fortement investi dans les équipes mobiles qui interviennent à domicile."

À ce stade, le projet EMUT est opérationnel dans trois zones de police bruxelloises : Bruxelles-Nord, Bruxelles-Capitale/Ixelles et Bruxelles-Midi. Le dispositif sera étendu la semaine prochaine aux trois autres zones de police de la région. Fort de l'expérience bruxelloise, EMUT a inspiré le projet pilote fédéral "Psychiatrie d'urgence de proximité", qui vise à structurer une réponse d'urgence psychiatrique mobile et coordonnée à l'échelle nationale.

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Écrit par Belga27 janvier 2026
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